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19 ème  Année
Dimanche 17 Mai 1908
Numéro  913
L'ACTION FÉMINISTE

Les « suffragettes » envahissent une section de vote et s'emparent de l'urne électorale.
Pour la première fois, le mouvement féministe vient de se manifester violemment en temps d'élections.
Une candidate, Mlle Laloé, s'était présentée à Paris, dans le quartier Saint-Georges, aux suffrages des électeurs. Elle avait tenu une réunion publique un peu houleuse, mais tout s'était passé pour le mieux. Et voilà que, le jour du vote, un groupe composé des plus intrépides meneuses de l'action féministe s'avisa de vouloir jeter le trouble et le désarroi dans les sections de vote.
Réunies au square Delaborde, ces dames étaient une centaine environ. Elles se mirent en route, après s'être donné pour mission d'aller culbuter les urnes.
Dans la première section où elles se présentèrent, elles réussirent à pénétrer et firent mine de prendre l'urne d'assaut.
Le président, heureusement, prévint leur geste. On les expulsa. Suivies d'agents cyclistes, elles s'en furent en criant par les rues : « Nous voulons voter ! »
A la section de la rue de Bruxelles, où se tenait Mlle Laloé, la candidate elle-même les pria de se retirer et les invita à la modération. Mais ce bon conseil ne fut pas suivi. Les suffragettes continuèrent leur tournée. Cependant, leur nombre allait diminuant : le groupe s'essaimait peu à peu. Les esprits, néanmoins, n'en étaient pas calmés. Une de ces dames avait suggéré l'idée, qui fut repoussée d'ailleurs par les moins véhémentes, de verser dans les urnes un liquide corrosif pour brûler les bulletins.
Bref, à leur dernière étape, dans une section du quatrième arrondissement, ces dames n'étaient plus guère qu'une demi-douzaine.
Elles se lancèrent pourtant à l'assaut de l'urne ; l'une d'elles s'en empara et la précipita sur le sol.
Cette injure au suffrage universel avait médusé les assistants. Quand ils reprirent leurs esprits, ils crièrent à la garde. On s'empara des deux suffragettes les plus intrépides et on les mena au commissariat, où on les garda jusqu'à la fermeture du scrutin.
L'une de ces dames se déclara enchantée de son équipée : « J'ai tenu, s'écria-t-elle, cette urne de mensonge qui est un outrage à l'égalité des sexes, et je l'ai jetée par terre, et je l'ai foulé aux pieds... »
Voilà vraiment de quoi se glorifier... Et c'est une étrange façon de s'y prendre pour faire accepter par les gens de bon sens les revendications du féminisme politique...

L'action féminine. Les femmes française soignant les blessées au Maroc

Les femmes française soignant les blessées au Maroc.
Pendant que les « suffragettes » manifestent bruyamment à Paris, d'autres femmes françaises, plus modestement, font, au loin, besogne plus utile et plus généreuse.
Ce sont les infirmières volontaires qui soignent, au Maroc, nos soldats malades et blessés.
Les lecteurs du Petit Journal savent combien est admirable leur dévouement. Notre correspondant à Casablanca les a montrées accomplissant leur œuvre de consolation et de charité.
Depuis le mois de Septembre dernier, les dames de l'Union des Femmes de France et de la Société de secours aux blessés ont assumé cette tâche noble entre toutes.
Elles sont là-bas soixante Françaises qui ne songent pas à faire de l'agitation électorale et se moquent bien de la conquête du bulletin de vote. Elles sont femmes, vraiment femmes, celles-là, par les plus belles qualités de l'âme féminine, par l'abnégation, par la pitié.
Et qu'elle simplicité... A Lalla-Marnia, un jour, le général Lyautey avait invité à déjeuner les infirmières volontaires. Elles lui firent cette jolie réponse :
— Mon général, nous sommes ici que des infirmières comme les autres, et les infirmières comme les autres, et les infirmières ne peuvent pas déjeuner chez un général.
Et pourtant, combien peu faciles à soigner, ces malades et ces blessés qui leur sont confiés !... Spahis, turcos, légionnaires, goumiers, tous gaillards indomptables au combat, mais rebelles aux potions et aux prescriptions des médecins. Elles arrivent à les convaincre par la patience, par la douceur ; elles les ont conquis. Ils leur obéissent comme des enfants à leur mère...
Le 1er janvier dernier, en offrant leurs vœux à ces gracieuses infirmières, des soldats leur disaient : « Vous êtes nos petites mamans et vous remplacez notre famille. »
La marine et l'armée ont décerné à ces femmes admirables les éloges les plus éloquents et les plus justifiés.
Le général Lyautey, récemment, disait à Mme Pérouse, la présidente de l'Union des Femmes de France : « Nous sommes pénétrés d'enthousiasme et de gratitude. C'est une noble et belle expérience, concluante, et la cause des infirmières des sociétés d'assistance militaire est désormais gagnée pour toujours... »
Et cette cause-là, cette cause généreuse et vraiment féminine, est plus chère, à coup sûr, à toutes les femmes de cœur, que l'autre cause, la cause féministe que quelques dames exaltées s'imaginent faire triompher en culbutant les urnes électorales.