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10 ème  Année
Dimanche 27 Août 1899
Numéro  458
L'ATTENTAT CONTRE ME LABORI

Tentative d’assassinat dont vient d’être victime l'autre défenseur d’Alfred Dreyfus, Fernand Labori.
La nouvelle de l'attentat aussi misérable qu'odieux commis contre Me Labori, défenseur de Dreyfus, s'est répandue dans le public avec une vitesse vertigineuse, soulevant partout la réprobation générale et une explosion d'indignation.
A quelque parti qu'on appartienne dans l'« Affaire », il ne pouvait se trouver un homme pour approuver ou même pour excuser le crime de ce misérable fanatique, prit-être de ce fou qui a lâchement frappé d'une balle de revolver dans le dos un homme sans défense.
Sur un fait pareil, il ne saurait exister de divergence. Les actes de cette nature, que les excitations de l'heure si douloureuse que nous traversons ne sauraient excuser, sont flétris avec une légitime indignation par tous les peuples civilisés et l'on ne saurait trouver de paroles assez énergiques pour les réprouver.
Ainsi que les lecteurs du Supplément du Petit Journal l'ont déjà appris, c'est lundi matin, vers six heures, en se rendant au lycée de Rennes, où se juge l'affaire Dreyfus, que Me Labori a été frappé. Grâce à l'affolement général, le meurtrier a pu s'échapper ; malgré les poursuites et les battues organisées par la police, il n'a pu encore, à l'heure où nous écrivons ces lignes, être rattrapé.
La responsabilité du gouvernement reste entière et il sera difficile de se dégager.
Comment n'avait-on pas pris des mesures de protection en faveur de certaines personnalités et des principaux acteurs du drame, alors qu'on avait mobilisé à Rennes des forces de police considérable ? il y avait, en effet, dans la ville, au moment de l'attentat, le directeur de la Sureté général, des commissaires spéciaux et des masses de policiers en civil et en uniformes qui filaient ostensiblement les journalistes et les curieux soupçonnés d'hostilité pour Dreyfus.

Pêcheurs Français canonnés par des Anglais

En ce moment où les Anglais se trouvent, au Transvaal, en face de difficultés très sérieuses, alors qu'il serait de leur intérêt de se concilier nos sympathies, on dirait qu'ils cherches à augmenter nos griefs contre eux.
Un bateau pêcheur de Boulogne, Etoile-de-la-Mer, s'étant approché du côté de Folkestone un peu plus près qu'il n'en avait le droit, fut rencontré par la canonnière anglaise Léda.
On sait que dans une certaine zone, la pêche est interdite aux étrangers. En pareil cas, dans les pays civilisés, les bateaux gardes-côtes avertissent le délinquant et au besoin s'emparent de lui ; s'il prend la fuite, ils peuvent tirer dans la mâture afin de le réduire à s'arrêter.
Le commandant de la Léda s'est conduit en véritable sauvage. Sur son injonction, le bateau pêcheur français avait stoppé ; eût-il voulu s'échapper, d'ailleurs, qu'il n'y eu^t point réussi, puisqu'il filait à peine dix nœuds alors que son adversaire, très rapide, en peut filer près de vingt.
Or le commandant anglais Vernon Maud fit tirer à bout portant, non point dans la mâture, mais sur l'équipage français, et l'homme de la barre, Auguste Loth, tomba mort, frappé au cou et à la tête de trois projectiles, tandis qu'un autre homme était blessé à la tête.
L'Etoile-de-la-Mer, après ce magnifique exploit, fut triomphalement menée en remorque à Folkestons où, par surcroît, son patron fut condamné pour délit de pêche à 380 francs d'amende et à la saisie de son matériel.
L'officier anglais prétend avoir usé de son droit, ce que contestent absolument les Français.
je ne sais si ce dramatique incident aura d'autres suites judiciaires ; mais il est malheureusement trop certain qu'il a causé une violente irritation parmi les populations de nos côtes et que les Anglais auront probablement à regretter la brutalité sauvage du commandant Vernon Maud.