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32 ème  Année
Dimanche 09 Octobre 1921
Numéro  1607
LA LUTTE CONTRE LE FEU - INCENDIE DES MAGASINS DU "PRINTEMPS"

Les pompiers de Paris
L'habileté, le dévouement, l'héroïsme des Pompiers de Paris ont, une fois de plus, fait merveille dans le récent sinistre qui détruisit le nouveau magasin du « Printemps ». Si l'ancien magasin et les immeubles voisins purent être préservés de l'incendie, c'est à leur vigilance, à leur courage, à leur mépris du danger qu'on le doit.
Ce sinistre où se sont de nouveau manifestées les traditions d'héroïsme des Pompiers s'est produit, à quelques jours près, à la date du cent-dixième anniversaire du régiment.
C'est par décret du 18 septembre 1811 que Napoléon supprima les « gardes-pompes » civils qui, pendant tout le XVIIIe siècle avaient assuré à Paris le service contre les incendies et en fit un corps militaire.
Ce corps ne comprenait alors qu'un bataillon formé de quatre compagnies, avec un effectif total de 13 officiers et 563 hommes de troupe.
Plus tard, l'accroissement de la capitale et l'augmentation de sa population firent doubler puis tripler l'effectif des pompiers de Paris. Le bataillon devint un régiment. Le service est assuré aujourd'hui par plus de dix-huit cents hommes que commandent cinquante-deux officiers. les postes sont répartis sur toute la surface de la ville, en secteurs dont l'étendue est déterminée en ordre inverse de la densité de la population.
En 1840, il y avait un pompier pour 1143 habitants. Il n'y en a plus qu'un aujourd'hui pour 1550 environ ; et cependant le service d'incendie est supérieurement organisé, grâce à la traction automobile et à tous les progrès réalisés dans l'art de combattre le feu.
Car, en dépit de notre funeste habitude de débinage national, il faut le dire, et le dire très haut, l'organisation du corps des Pompiers de Paris est la perfection même.
Quand on vous dira qu'on fait mieux à Londres ou à New-York, n'en croyez rien. Dans toutes les grandes villes du monde, les services de lutte contre le feu se valent. Dès qu'apparaît, dans ce genre, une invention pratique, elle est adoptée partout. Et il faut rendre cette justice à la Ville de Paris, qu'elle n'a jamais lésiné chaque fois qu'il s'est agi de donner à nos pompiers des armes efficaces.
Il est vrai que ceux-ci lui coûtent peu en comparaison des immenses services qu'ils lui rendent.
Avant la guerre, la dépense totale du régiment s'élevait à un peu plus de deux millions et demi, soit 75 centimes par tête d'habitant.
Je n'ai pas sous les yeux les chiffres pour cette année, mais supposez que ceux d'avant-guerre aient doublé et même un peu plus que doublé : pour une mince part contributive qui va de 1,50 à 2 francs, chaque Parisien peut se dire qu'il y a là toujours une cohorte de braves gens prêts à tous les sacrifices et à tous les dévouements, pour la sauvegarde des ses biens et la sécurité de sa personne.
Faut-il rappeler tous les services rendus au cours de la guerre par les Pompiers de Paris ?
Au début des hostilités, plus de cinq cent d'entre eux furent pris par la mobilisation. Presque tous furent immédiatement faits chefs de section, en raison de leur excellente instruction militaire et aussi de ce sang-froid qu'on peut qualifier de « professionnel », et qu'ils doivent à leur habitude du danger. au cours de la guerre, plus de deux cents d'entre eux devinrent officiers.
Lorsqu'il fallut répondre aux Allemands lanceurs de flamme et émetteurs de gaz, par des procédés similaires, c'est encore aux Pompiers de Paris qu'on fit appel ; ils formèrent le premier noyau des corps spéciaux constitués dans ce but.
Partout où l'incendie allumé par les obus allemands faisait rage, on envoya des Pompiers de Paris. on sait quels services ils rendirent à Reims et à Verdun notamment.
Toutes les besognes délicates de sauvetage leur furent confiées. savez-vous que ce sont des Pompiers de Paris qui détachèrent, pour les mettre en lieu sûr les merveilleux vitraux de la cathédrale de Reims que les premiers bombardements avaient épargnés ? Ce sont eux également qui sauvèrent les vitraux de la cathédrale d'Amiens.
Enfin, pendant la période où Paris vécut sous la menace constante des Gothas et des grosses Berthas, ce sont eux — toujours eux — qui assurèrent les services d'alerte et qui concoururent par leur action incessante à maintenir le moral de la population.
Que de fois n'a-t-on pas entendu, à la cave, ce bout de dialogue :
— Tout de même, si la maison s'effondrait comme celle de la rue Geoffroy-Marie ?...
— Et bien, les Pompiers vous sauveraient.
Les Pompiers... On avait en eux une confiance que rien ne pouvait entamer.
Confiance justifiée, qui se perpétuera dans la tradition parisienne, et dont nos Pompiers, ces admirables soldats du devoir, ont le droit d'être fiers.

Une victoire de l'Aviation française

La chute d'un de nos meilleurs pilotes, Sadi-Lecointe, qui atteignit la formidable vitesse de 330 km à l'heure.
Easno et Kirsh ont disputé à l'aviateur italien Brakpapa et à l'anglais James, la coupe Deutsch.
C'est Kirsh, sur Nieuport-Delage, qui s'est attribué le trophée.
La coupe Gordon-Bennett étant devenue, l'année dernière, la propriété définitive de la France, le monde sportif d'aviation ne fut pas sans souhaiter la création d'un nouveau challenge international. C'est ce souhait que Mme Deutsch de la Meurthe a voulu satisfaire, en souvenir de son mari. Et la première épreuve vient d'âtre courue sur l'aérodrome de Villesauvage, près d'Etampes.
Cinq concurrents étaient en ligne : un Anglais, James Herbert ; un Italien, Brackpapa, et trois Français, Sadi-Lecointe, Kirsch et Lasne. Toutes les espérances françaises se portaient sur Sadi-Lecointe qui, quelques jours plus tôt, au cours d'essais d'entraînement, était parvenu à battre son propre record et, officiellement chronométré sur un parcours de 4 kilomètres, avait atteint la vitesse fantastique de 330 kil. 275 m. à l'heure. Il s'agissait, cette fois, de soutenir le train sur une distance de 300 kilomètres.
La fatalité, malheureusement, accabla notre champion. En cours de vol, son hélice se brisa et l'avion toucha terre. On releva Sadi-Lecointe parmi les débris de son appareil. Il était couvert de blessures et de contusions, mais, transporté aussitôt dans une maison de santé, on se rendit compte que ses jours n'étaient pas en danger.
Pendant ce temps, l'Italien Brackpapa prenait le départ, bouclait la première moitié du parcours à la vitesse de 299 kil. à l'heure, mais se voyait forcé d'abandonner, par suite d'un mauvais fonctionnement de la pompe à essence. De même, l'Anglais James Herbert, après avoir abattu ses 100 kil. en 22 m 30 s., renonçait à jouer sa chance.
Il ne restait plus que Kirsh et Lasne. Celui-ci, monté sur l'appareil qui avait permis à Sadi-Lecointe de gagner la coupe en 1920, effectua la parcours de 300 kil. en 1 heure 9 m. 55 s. Kirsh fit mieux encore. Il termina en 1 h. 4 m. 38 s. Une longue ovation salua le vainqueur.