La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

17 ème  Année
Dimanche 11 Février 1906
Numéro  795
ENTREVUE DU ROI D'ESPAGNE ET DE SA FIANCÉE, A BIARRITZ

L'arrivée de S. M. Alphonse XIII à la villa Mouriscot
L'idylle royale a commencé sur le territoire français. La princesse de Battenberg, son fils, le prince Henri, et sa fille, la princesse Ena, étaient venus s'installer à la villa Mouriscot à Biarritz, en un site délicieux.
C'est là que le jeune roi d'Espagne est venu faire sa cour à sa fiancée.
Le temps n'est plus où les princes s'épousaient sans se connaître.
Alphonse XIII avait eu maintes fois l'occasion de rencontrer la princesse Ena, et tout récemment encore, en Angleterre, lors du voyage qu'il fit dans ce pays au printemps dernier. La princesse Ena de Battenberg venait de faire son entrée dans le monde, dans un bal donné au palais de Kensington et auquel assistait le roi Edouard. Peu après ce début, la princesse Ena figurait comme demoiselle d'honneur au mariage de sa cousine, la princesse Marguerite de Connaught.
La princesse Ena est l'unique fille de la princesse Henry de Battenberg, plus généralement connue sous le nom de princesse Béatrice. Elle est donc la propre nièce du roi Edouard. Née à Balmoral, le 24 Octobre 1887, elle reçut au baptême les noms de Victoria-Eugénie-Julia-Ena.
Lors de sa naissance à Balmoral, les journaux anglais insistèrent sur ce fait qu'elle était le premier enfant royal venu au monde en Ecosse de puis Charles Ier (1600). La reine Victoria et l'impératrice Eugénie servirent à la jeune princesse de marraines, et l'on a pu voir qu'elle porte leur nom à l'une et à l'autre. Ajoutons qu'elle est l'enfant gâtée de l'impératrice Eugénie.
la princesse Ena, qui n'a pas encore dix-huit ans révolus, est aujourd'hui une fort gracieuse jeune personne. Elle est d'un extérieur agréable ; elle a des yeux bleus et de ravissants cheveux clairs, bouclés et singulièrement abondants. Elle est bien douée naturellement et a reçu une éducation très soignée. Dans l'île de Wight, où la princesse Henry de Battenberg fait de long séjours, la princesse Ena jouit d'une extrême popularité.
Ennemie de l'étiquette, ignorant tous préjugés sociaux, la princesse Ena n'a pas cette indifférence pour le peuple trop souvent professé par les princesses de sang royal. depuis trois ans, elle est la présidente d'une association de jeunes couturières de l'île de Wight ; elle inaugura souvent, en cette qualité, des bazars de charité, et, le mois dernier encore, elle présidait en personne une réunion du comité de l'association.
La jeune fille est une musicienne accomplie, et elle exécute parfois des concerts de musique de chambre avec sa mère, son frère et la princesse Béatrice de Saxe-Cobourg, sa cousine. Peu de personnages royaux parlent autant de langues que la future reine d'Espagne, qui s'exprime couramment en français, en allemand et en danois, sans compter l'anglais — et l'espagnol, qu'elle étudie depuis quelques mois.
Au cours d'une excursion qu'elle fit ces jours derniers à Saint-sébastien avec son futur époux, le peuple espagnol lui fit un accueil enthousiaste.
voilà qui est d'heureux augure.

Inauguration du monument des aéronautes du siège de Paris

M. Etienne, ministre de la guerre, prononçant son discours
Dans notre numéro du 6 Décembre dernier, nous avons rappelé l'histoire héroïque de ces aéronautes du siège de Paris qui assumèrent la tâche de faire communiquer la capitale investie avec le reste de la France, et franchirent les lignes prussiennes au risque de leur vie.
Nous avons aussi donné un souvenir à leur modestes collaborateurs, les pigeons voyageurs, qui tant de fois, ramenèrent l'espoir dans la ville assiégée.
Les uns et les autres o,t été dignement glorifiés un pied du monument qui s'élève au rond-point de la porte des Ternes et qui est dédié à leur souvenir.
De nombreuses sociétés de Paris et des département avaient envoyé des délégations ; citons, parmi les plus importantes : « La Société des aéronautes du siège de Paris ; l'Aéro-Club de France ; la Société française de navigation aérienne ; l'Académie aéronautique ; l'Aéro-Club du Sud-Ouest ; la Fédération colombophile ; le Comité du monument Bartholdi, à Colmar ; le Comité républicain de Neuilly-sur-Seine ; le Comité républicain des Ternes ; la Société des ingénieurs civils ; l'Union des Sociétés régimentaires ; l'Association général d'Alsace-Lorraine ; la Société nationale des beaux-arts.
Plusieurs discours furent prononcés, par M. de La Vaulx, au nom de l'Aéro-Club ; par le maire de Neuilly, par M. Janssen, le grand savant qui fut un des aéronautes du siège, enfin par M. Etienne, ministre de la guerre, dont les paroles, d'une éloquence si haute et si patriotique, émurent profondément l'assistance.
Voici la péroraison de son discours :
« Messieurs, le monument de Bartholdi vient à son heure, si tardive qu'elle soit. Jamais la France n'a été plus attachée à la paix, a la paix féconde et lumineuse, à laquelle aspirent, par-dessus les frontières, les démocraties laborieuses. Mais, digne et forte, la paix française n'implique l'oubli ni des grands exemples, ni des saisissantes leçons qui revivent aujourd'hui devant nous dans le bronze et la pierre. Et nous apprenons ainsi à aimer sans relâche comme sans faiblesse ce pays de France généreux et vaillant, qui, dans ses flancs immortels, ne cesse de porter des générations toujours prêtes à travailler à sa gloire et à assurer son avenir, dans la paix, la grandeur et la liberté. »