La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

17 ème  Année
Dimanche 16 Septembre 1906
Numéro  826
UNE ASCENSION INVOLONTAIRE : DRAMATIQUE SAUVETAGE À 300 M DE HAUTEUR

Un fait vraiment extraordinaire s'est passé récemment à Middleton (Etats-Unis) au cours d'une ascension aérostatique.
Une aéronaute-gymnasiarque, miss Daisy Maggie, devait s'élever dans les airs sur un trapèze attaché à un ballon. Elle venait de prononcer le traditionnel « Lâcher tout ! » lorsqu'elle s'aperçut soudain que l'une des cordes qui retenaient le ballon au sol, s'étant enroulée autour de la jambe d'une femme placée au premier rang des spectateurs, faisait lasso, enlevant la malheureuse. En un instant le ballon avait atteint l'altitude de 300 mètres. La pauvre femme se débattait dans cette fâcheuse position... Alors, la gymnasiarque, aussi robuste qu'audacieuse, s'accrochant par les jambes à son trapèze, se pencha, parvint à saisir la femme par les cheveux et à la maintenir d'une main tandis que de l'autre elle tirait la corde de la soupape.
Bientôt le ballon descendit doucement. Lorsqu'il toucha terre, miss Daisy délivra la malheureuse femme qui tomba évanouie, mais sans blessures, trop heureuse d'en être quitte à si bon marché.
Et l'aérostat, aussitôt délesté, remonta et disparut à l'horizon.

Les troubles révolutionnaires en Russie; Une descente de police et de gendarmerie dans un comité terroriste

Depuis l'épouvantable attentat dirigé contre M. Stolypine, et suivi des meurtres de plusieurs fonctionnaires et généraux, une surveillance plus active que jamais s'exerce dans toutes les villes de Russie contre l'élément révolutionnaire.
Mais l'organisation des terroristes est telle que les arrestations ont beau se multiplier, le parti, loin d'en paraître affaibli, semble marquer plus d'énergie farouche et sanguinaire.
ces terroristes auxquels nous consacrerons plus loin notre « Variété », sont de deux sortes : les solidaires, qui sont les enfants perdus de la secte ; et les affiliés ou les « inscrits ».
Les premiers agissent de leur propre mouvement. Et c'est ainsi que, parfois, les directeurs de la secte terroriste sont étonnés d'apprendre l'assassinat d'un de leurs adversaires qu'ils n'avaient pas encore condamné à périr. C'est un solidaire qui a fait le coup.
Quant aux affiliés, aux « inscrits », comme ils s'appellent, ce sont les agents réels et enrégimentés du terrorisme.
Entendons-nous sur ce mot « inscrits ». Il serait par trop naïf de garder les listes de noms propres. Chacun des affiliés porte un nom de guerre qui n'a aucun rapport avec le sien. Si la police saisit ces liste, elle n'y peut trouver aucun renseignement précis.
Chacun de ces « inscrits » fait partie d'un comité déterminé, composé d'un très petit nombre d'individus. De cette façon, dans le cas — fort rare — de trahison, seul le petit groupe est atteint. chacun de ces groupes a un chef, auquel il doit aveuglément obéir. et seul ce chef est en relation avec le chef d'une section voisine, dont il ignore d'ailleurs la composition.
En outre les initiés emploient entre aux un laguage spécial qui diffère dans chacun des comités.
Au-dessus de ces comités locaux viennent les comités régionaux investis chacun d'un pouvoir souverain.
Enfin, au-dessus de tout est placé le comité directeur, le « centre » comme on l'appelle ordinairement. Où siège-t-il ? nul ne peut le dire. Il est mobile et se transporte souvent d'une province à l'autre. Ordinairement, il réside, à ce qu'on suppose, ) Moscou ; mais, parfois, il a tenu ses séances à l'étranger.
Un détail curieux : chaque comité est pourvu de ce qu'on appelle un « technicien ». ce spécialiste est le préparateur des bombes er des engins meurtriers. C'est en général, un chimiste, au pis-aller, un artificier, un armurier.
Du comité directeur émanent les ordres d' « exécution ». Lui seul a le droit de prononcer les sentences de mort toujours docilement exécutées. Le chef annonce qu'un ordre d'exécution est arrivé, et demande des « exécuteurs » volontaires. Il s'en présente toujours plus qu'il n'en faut. Le chef, alors, choisit les bourreaux. naguère, quant fut décidé le meurtre d'Alexandre II, le chef nihiliste Zéliakoff avait réclamé cinq exécuteurs. Il s'en présenta dix-sept.
récemment encore, lors de l'attentat contre M. Stolypine, alors qu'un seul exécuteur eût suffi à lancer la bombe, ils se présentèrent quatre, bien qu'ils fussent certains de mourir un instant après de la plus effroyable des morts.
Que peuvent les répressions les plus terribles contre des volontés aussi énergiques ? Et combien il faut déplorer de voir employer cet héroïsme fanatique au service d'un aussi affreux idéal !