La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

17 ème  Année
Dimanche 25 Novembre 1906
Numéro  836
AU BOIS DE BOULOGNE - M. SANTOS-DUMONT À BORD DE SON AÉROPLANE

Le « plus lourd que l'air » vient de faire un pas de géant, un pas de 220 mètres, et c'est à M. Santos-Dumont, déjà célèbre par ses expériences d'aérostation dirigeable, que l'aviation doit ce succès.
Depuis quelques années, c'est de ce côté que se tournent les vœux et les recherches d'un grand nombre de ceux que préoccupe l'avenir de la navigation aérienne.
Le protagoniste de cette science fut l'Allemand Lilienthal, qui se tua après avoir fait plus de deux mille expériences.
En même temps, le capitaine Ferber fut le premier Français qui de soit élevé au-dessus du sol au moyen d'un aéroplane.
L'Amérique eut, de son côté, l'inventeur Cnanutte, dont les travaux portèrent particulièrement sur les formes pouvant assurer le mieux la stabilité de l'aéroplane ; puis les frères Wright, dont les expériences eurent un retentissement considérable.
Au mois de juin de l'année dernière furent expérimentés, à Billancourt, l'aéroplane de M. Archdeacon, et, à Monaco, l'hélicoptère de M. Maurice Léger. Enfin, depuis le début de cette année, M. Santos-Dumont donnait tous ses soins à la machine volante qu'il vient d'expérimenter si heureusement su bois de Boulogne, sur la pelouse de Bagatelle.
Notre gravure donne la physionomie exacte de cet essai sensationnel.
Il est quatre heures. devant une foule considérable, accourue à l'annonce de ces expériences, l'inventeur va lancer son grand oiseau à travers l'espace.
les jalonneurs, les chronométreurs sont à leur poste ; derrière l'oiseau, une automobile doit suivre, avec à bord, le chronométreur E. Surcouf et M. Jacques Faure, à qui incombera le soin de noter l'étendue et la durée des vols... ; tout est prêt ; Santos lance son moteur... Et voici ce que conte M. Jacques Faure :
« Je m'installe dans l'automobile mise à la disposition des chronométreurs. nous nous rangeons à vingt mètres à droite de l'avion de Santos, prêts à démarrer en même temps que lui. J'ai une pile d'assiettes dans les mains ; je dois les laisser tomber une à une à l'endroit même où l'avion quittera et reprendra le sol, de façon à pouvoir ensuite mesurer les distances parcourues en l'air. Surcouf, lui, a les yeux fixés sur son chronomètre.
» Notre moteur, au ralenti, tourne très lentement. Santos fait un signe ; son appareil démarre ; et nous suivons, à quelques mètres en arrière, pour ne gêner aucun de ses mouvements. santos roule 40 mètres environ, commande alors son gouvernail et l'appareil, docile, quitte aussitôt le sol ; je laisse tomber une assiette, tandis que Surcouf lance son chronomètre. Admirable de stabilité et d'équilibre, ne roulant ni ne tanguant, Santos s'élève à un hauteur qui varie de 4 à 6 mètres. Il reste exactement 21 secondes dans l'air, redescend et s'arrête au milieu d'une foule qui hurle d'enthousiasme.
» Santos-Dumont est à peine hors de sa nacelle que les mains se tendent vers lui, l'empoignent. M. Jacques Faure, qui exulte, le happe, le hisse sur ses épaules et le porte en triomphe au milieu d'acclamations émouvantes. On vient, en effet, de mesurer le vol de l'héroïque et intrépide Brésilien : il est de 220 mètres !

Aux Indes Néerlandaises. Dénouement tragique d'une chasse à l'éléphant

En dépit des objurgations de la Société des « Amis de l'éléphant », dont nous parlions ici même l'an dernier, les hécatombes de pachydermes se poursuivent sur tous les points du globe où les grandes forêts donnent encore asile à ces animaux.
On se rappelle le vœu exprimé par les « Amis de l'éléphant ». Il souhaitent voir appliquer à la domestication de l'éléphant les efforts qui n'ont tendu, jusqu'ici, qu'à sa suppression radicale. Ils rappellent justement que, dans l'Inde anglaise, les éléphants domestiques rendent les plus grands services pour le transport des matériaux, des bagages et des hommes eux-mêmes. Un millier d'éléphants ont été ainsi enrégimentés par l'administration coloniale anglaise.
Ils prouvent, d'autre part, que tuant un éléphant dont on retire une valeur de 1,000 francs environ, on détruit un animal qui, s'il était plié au service de l'homme, représenterait : 1° cette même somme, qu'on trouverait toujours à sa mort naturelle ou accidentelle ; 2° une valeur marchande moyenne de 4,000 à 5,000 francs ; 3° les services rendus et l'économie de main-d'œuvre réalisée pendant les vingt ans moyens de son utilisation.
Mais les chercheurs d'ivoire et les grands chasseurs qui tuent « pour le plaisir » se moquent bien de ces justes représentations. Ils continueront jusqu'à ce qu'ils en aient anéanti la race.
N'annonçait-on pas, l'autre jour, qu'une agence de voyages allait organiser des expéditions de casse à l'éléphant, pour touristes, dans la région de Taon-mbouctou ?
Que pensent de ce projet les « Amis de l'éléphant » ?
Cette chasse, il est vrai, ne va pas sans de grands dangers ; et voici un fait qui donnera peut-être à réfléchir aux nemrods que pourrait tenter l'expédition projetée :
Récemment, dans la province de Palembang, aux Indes néerlandaises, un explorateur, en compagnie de deux autres Européens, était allé chasser l'éléphant.
Un de ces animaux, d'une taille formidable, sortit brusquement d'un bosquet et attaqua les chasseurs. L'un d'eux tira sur l'animal, mais sans le toucher. Le pachyderme, furieux, se précipita sur l'explorateur, le renversa et le piétina. Les deux autres chasseurs purent se sauver et se cacher derrière un arbre. L'éléphant, après avoir assouvi sa vengeance, partit au grand galop.
On a ramassé l'explorateur mourant. Il a expiré durant le transport.