La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

19 ème  Année
Dimanche 20 Septembre 1908
Numéro  931
LE DIRIGEABLE "RÉPUBLIQUE"

La gravure de notre première page représente le dirigeable République d'après les documents recueillis au cours du voyage vraiment triomphal que ce ballon militaire accomplit récemment de Paris à Compiègne et retour.
Cette sortie avait été prescrite par le ministre de la Guerre, qui voulait se rendre compte des qualités du nouveau dirigeable.
La République était montée par le commandant Voyer, le capitaine Bois et l'adjudant Vincenot.
C'est à huit heures et demie du matin, exactement, que le commandant Voyer donnait l'ordre « lâchez tout » aux aérostiers du 1er génie, sur la terrasse des établissements de Chalais-Meudon.
L'adjudant Vincenot embrayait aussitôt le moteur, et le dirigeable République, louvoyant contre le vent d'Ouest, passait au-dessus de Meudon, traversait Paris et planait, trois quarts d'heure plus tard, sur les usines Lebaudy, où furent construites, sous la direction de M. Julliot, les pièces mécaniques de son assemblage.
De là, piquant dans le vent qui devenait plus violent, la République gagna Gonesse, Villiers-le-Bel, passa au-dessus de la forêt de Chantilly. A onze heures, le ballon était à la hauteur de Senlis, et toutes la population de cette ville, ainsi que le 2e hussards, acclamaient chaleureusement ses trois passagers.
A ce moment, la République se rapprocha du sol à un tel point que l'on crut que son pilote voulait atterrir. Il n'en était rien. Le dirigeable se redressa aussitôt et, s'élevant à trois cents mètres, dépassa Verrerie, atteignit Pont-SaintMaxence à midi 10 et Compiègne à midi et demi.
Les ovations n'y furent pas moins chaleureuses qu'à Sentis, et les habitants virent, à regret, le dirigeable virer majestueusement, sans s'arrêter, au-dessus du château et reprendre la direction de Paris.
A une heure et demie, il repassait au-dessus de Senlis, luttant aisément contre le vent, et, à deux heures, notre dirigeable militaire était au-dessus de Paris pour le seconde fois.
Il louvoya un peu à la hauteur de Vincennes et, à 3 heures 10, il atterrissait avec la plus grande facilité à la terrasse de Chalais-Meudon, après être resté six heures trente minutes dans les airs, conformément au programme qui lui avait été fixé.
D'après les appareils enregistreurs, le dirigeable s'est élevé jusqu'à 650 mètres d'altitude au cours de son voyage, qu'on estime à plus de 200 kilomètres. Il avait emporté 420 kilos de lest, dont il dépensa 230 en cours de route ; il lui restait donc 190 kilos de lest, ce qui lui eût permis de continuer son voyage, s'il n'eût été limité par le programme ministériel.
L'expérience a donc été couronnée de succès.
Ce voyage est le plus long qu'ait effectué la République, depuis le 19 Mai, date de son gonflement.
En juin et Juillet, le dirigeable fit, à Moissan, ses premières sorties, piloté par M. Juchmès, emmenant, à plusieurs reprises, M. et Mme Lebaudy.
Le 31 Juillet, il accomplissait le voyage de Moissan à Chalais-Meudon ; depuis, il ne se passa guère de jour qu'il ne sortît et l'on n'a pas oublié son excursion, le 31 Août, à Rambouillet.
Cette performance accomplie, le dirigeable République est considéré comme étant tout à fait au point. Les ingénieurs vont donner à présent tous leurs soins au Lebaudy qui, agrandi et modifié, servira, dès le 15 Septembre, à l'instruction des équipages d'aérostiers

Le drapeau Français à Strasbourg

Un habitant de la ville, ancien soldat des armées françaises, obtient de l'autorité allemande la permission de pavoiser sa maison avec nos trois couleurs.
Pendant les fêtes impériales qui ont eu lieu récemment à Strasbourg, on a beaucoup remarqué qu'un drapeau français, exposé à une fenêtre, avait été toléré par la police. Voici l'explication de ce fait :
Un vieux soldat français, médaillé d'Italie, avait été invité par les autorités de Strasbourg à pavoiser sa maison. Il informa la police qu'il était prêt à le faire, mais avec un drapeau français.
Le président de police, pris de court, accepta, mais imposa en même temps le présence d'un drapeau aux couleurs allemandes.
Ce fut le seul drapeau français arboré dans tout Strasbourg pendant les fêtes. Inutile de dire qu'il obtint du succès.