La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

20 ème  Année
Dimanche 01 Août 1909
Numéro  976
VICTIME DU DEVOIR LE SOUS-CHEF ET UN INSPECTEUR DE LA SÛRETÉ TOMBENT SOUS LES BALLES D'UN MALFAITEUR

Les circonstances tragiques de ce double meurtre ont profondément ému la France entière.
M. Blot, sous-chef de la Sûreté, accompagne de plusieurs inspecteurs, s'était rendu rue de la Folie-Méricourt pour procéder à l'arrestation d'un certain Delaunay, accusé de vols d'objets d'art dans les églises et les musées.
Delaunay vint lui-même ouvrir la porte de son appartement aux policiers et, tout de suite, sans un mot, braquant sur eux un revolver, il abattit leur chef d'une balle en pleine poitrine.
Tandis qu'on emportait la victime, l'inspecteur Mugat se jeta courageusement sur le meurtrier et tenta de le saisir aux jambes pour le faire tomber et s'emparer de lui. Mais Delaunay, d'un coup de revolver entre les deux omoplates, le tua net.
Puis l'assassin s'étant barricadé chez lui, se fit sauter la cervelle au moment où les agents accourus au secours de leur camarade, parvenaient à enfoncer la porte.
On a rendu à la dépouille des deux victimes du devoir les honneurs dus à leur courage et à leur dévouement. On a célébré dans de beaux discours l'esprit d'abnégation de ces serviteurs et de ces gardiens de la société. Tout cela est fort bien. Mais ne vaudrait-il pas mieux donner aux policiers toute liberté de se défendre contre les criminels ?... Ne vaudrait-il pas mieux ménager un peu moins l'existence des chenapans et protéger un peu plus celle des braves gens si utiles à la sécurité publique ?
Les gens de police ont des armes dont ils n'osent se servir. Il leur faut subir les coups, essuyer le feu des apaches et ne jamais riposter sous peine de se voir accuser de manquer de sang-froid. Si le cas de légitime défense existait pour les policiers comme pour tout le monde, Delaunay n'eût pas fait deux victimes ; peut-être même n'en eût-il pas fait une. Les inspecteurs auraient dû l'abattre dès qu'il leva sur eux son revolver. Le seul geste d'attaque d'un criminel contre les gens de police qui viennent pour l'arrêter devrait autoriser ceux-ci à riposter.
Mais non ! les policiers sont les victimes offertes à ce pitoyable esprit d'humanitarisme qui sévit si cruellement sur notre époque et arme le crime en désarmant la police.
Il est inouï qu'on trouve encore des gens qui, au prix de tant de dangers et pour si peu de profit, consentent ainsi à risquer chaque jour leur peau pour défendre la société.

Une tentative de traversée du Pas-de-Calais en aéroplane Hubert Latham partant de la falaise de Sangatte

Pour la première fois, un aviateur a tenté la traversée de France en Angleterre. Et si le succès n'a pas tout de suite couronné ses efforts, le résultat obtenu n'en est pas moins considérable. Hubert Latham a parcouru sur son monoplan plus de la moitié de la distance qui sépare Calais de la côte anglaise. Il y a tout lieu d'espérer que d'ici peu nos voisins verront planer au-dessus de leurs falaises un aéroplane français et que l'aviation comptera un triomphe de plus.
Latham partit de Sangatte, convoyé par le contre-torpilleur Harpon. Il avait parcouru dix-huit kilomètres oosqu'il sentit que son moteur s'arrêtait. Force lui fut de descendre en planant sur la mer, où le Harpon le recueillit. Quand les canots du contre-torpilleur l'accostèrent, Latham, philosophiquement, fumait sa cigarette.
— J'ai perdu la première « Manche », dit-il, faisant un mot, mais j'espère bien gagner la seconde.
C'est la grâce que nous souhaitons de grand cœur au vaillant aviateur.

VARÉTÉ
PAR DESSUS LA MER
A propos de la tentative de Latham. — Les traversées maritimes en ballon. — Blanchard. — Pilâtre de Rozier et Romain. — Les voyages de Lhoste. — Le raid de M. de la Vaulx. — Par-dessus les glaces. — L'expédition d'Andrée. — Le dirigeable et l'aéroplane mèneront-ils l'homme au pôle ?

L'essai de traversée de la Manche en aéroplane que vient d'accomplir Hubert Latham nous remet naturellement en mémoire les tentatives faites autrefois pour aller en ballon d'Angleterre en France ou de France en Angleterre par-dessus le Pas-de Calais.
Horace disait qu'il avait fallu un cœur bardé d'un triple airain à celui qui, le premier, s'était confié aux flots sur un frêle esquif ; qu'eût-il pensé de celui qui osa, le premier, les affronter en passant par-dessus dans un esquif plus frêle encore, sans gouvernail, sans voiles et sans boussole ?
Cet audacieux navigateur de l'air s'appelait Blanchard. Il y avait tout juste un an et demi que la possibilité de s'élever dans les airs avait été démontrée par les frères Montgolfier, lorsqu'il tenta cette aventureuse entreprise.
Accompagné d'un docteur anglais du nom de Jefferies, il partit le 7 janvier 1785 de la falaise de Douvres. Un vent très faible du nord, — nord-ouest poussait le ballon sur la mer. Bientôt Blanchard s'aperçut qu'il descendait : l'aérostat se releva un peu pour retomber de nouveau ; et l'on n'était pas même à la moitié de la route ! Les aéronautes lancèrent à la mer leurs provisions, leurs instruments, l'ancre, les cordages et jusqu'à leurs vêtement. Le ballon descendait toujours. C'est alors, dit-on, que Jefferies offrit à Blanchard de se jeter lui-même par-dessus bord pour sauver son compagnon. Mais ce généreux sacrifice fut inutile : un léger mouvement d'ascension se produisit à ce moment. Bientôt la terre apparut : l'aérostat passa au dessus de Calais et alla s'abattre sur un grand chêne de la forêt de Guines, aux branches duquel les voyageurs parvinrent à se cramponner.
Accompagné d'un docteur anglais du nom de Jeffries, il partit le 7 janvier 1785 de la falaise de Douvres. Un vent très faible du nord. } nord-ouest poussait le ballon sur la mer. Bientôt Blanchard s'aperçut qu'il descendait : l'aérostat se releva un peu pour retomber de nouveau ; et l'on n'était pas même à la moitié de la route ! Les aéronautes lancèrent à la mer leurs provisions, leurs instruments, l'ancre, les cordages et jusqu'à leurs vêtements. Le ballon descendait toujours. C'est alors, dit-on, que Jeffries offrit à Blanchard de se jeter lui-même par-dessus bord pour sauver son compagnon. Mais ce généreux sacrifice fut inutile : un léger mouvement d'ascension se produisit à ce moment. Bientôt la terre apparut : l'aérostat passa au dessus de Calais et alla s'abattre sur un grand chêne de la forêt de Guines, aux branches duquel les voyageurs parvinrent à se cramponner.
L'ascension avait durée trois heures. Par un merveilleux hasard, le vent n'avait pas varié un seul instant ; et il les avait poussés droit, en leur faisant traverser la partie la plus étroite du Pas-de-Calais.
Le succès de Blanchard souleva par toute la France un véritable enthousiasme. Tout le monde voulait être baloniste.
« C'est un brouhaha incroyable dans Paris disait une feuille ; les enthousiastes de la navigation aérienne parlent de se rendre en Amérique. »
Cependant l'année suivante, l'échec tragique d'une tentative faite dans l'autre sens devait refroidir les esprits exaltés.
Dès le mois de décembre 1784, tandis que Blanchard préparait se traversée d'Angleterre en France, le physicien Pilâtre de Rozier et le pilote Romain venaient à Boulogne avec leur ballon, dans l'intention de passer de France en Angleterre.
L'entreprise était infiniment plus ardue que celle de Blanchard. Celui-ci ne pouvait manquer de gagner un point quelconque du continent, tandis que les aéronautes, partant de Boulogne par un vent de sud sud-est — le plus favorable — couraient le danger de se perdre dans l'Océan si ce vent dérivait un peu vers le sud.
Pilâtre de Rozier et Romain eurent d'ailleurs toutes les malchances. Ils attendirent six mois un vent favorable, puis quand ce vent souffla, un ouvrier ayant maladroitement ouvert la soupape, le gaz s'échappa du ballon et il fallu procéder à un nouveau gonflement.
Le peuple de Boulogne et des villes environnantes, privé d'un spectacle qu'il attendait, se porta furieux, vers l'abri où les aéronautes avaient remisé leur ballon.
Piloter et Romain furent raillés, chansonnés et menacés.
« Tantôt c'est le vent qui les contrarie, disait un journal du Nord ; tantôt ce sont les tuyaux qui disent introduire l'air qui se sont dessoudés.:. j'en viens toujours à mon idée, je crois que c'est la peur qui les arrête... Veuille la Providence leur inspirer plus de courage !... »
Le gouvernement se montra tout aussi féroce. Piloter ayant demandé des ordres, le ministre lui répondit qu'il fallait tenir les engagements pris et qu'il était assez bien payé pour cela.
Alors les deux aéronautes firent le sacrifice de leur vie. Bien que leur ballon, depuis si longtemps exposé aux intempéries, fût en mauvais état, malgré l'incertitude du vent, ils partirent de l'esplanade de Boulogne, le 18 juin 1786, à 7 heures du matin. des courants divers les portèrent en mer et les ramenèrent à terre à plusieurs reprises. Enfin sous l'influence d'un soleil torride leur ballon se dilata et flamba par le sommet.
Les bonnes gens, dont les sarcasmes et les menaces avaient amené ce beau résultat, purent voir, un moment, une boule de feu flotter dans l'air, tandis que les corps des deux aéronautes, précipités à travers l'espace, allaient s'écraser dans les garennes de Wimereux.
Cette catastrophe refroidit pour longtemps le zèle des amateurs de traversées maritimes en aérostat.
Près d'un siècle s'écoula avant que fût repris le projet de passage en ballon de France en Angleterre.

En 1883, la ville de Boulogne, afin de commémorer le centenaire de l'invention des ballons, avait appelé pour une ascension deux jeunes et vaillants aéronautes, Lhoste et Eloy.
Ceux-ci étaient venus d'autant plus volontiers qu'ils caressaient le projets dans lequel Pilâtre de Rozier et Romain avaient échoué à quatre-vingt-dix-sept ans de là. Seulement, c'est par Cherbourg qu'ils espéraient gagner l'Angleterre.
Après quelques essais préparatoires, Lhotse estimait que Boulogne était un excellent « port d'air » pour le voyage projeté, se sépara de son compagnon, toujours partisan de Cherbourg, et tenta seul l'aventure.
Le dimanche 9 septembre 1883, à 5 heures du soir, il partit, plana un instant au-dessus des jetées et ne tarda pas à gagner le large à l'altitude de 1.000 mètres. Porté tantôt par le courant Est, tantôt par le courant Sud-Ouest, il se trouva, vers 7 h 1/4, dans un brouillard intense qui lui cachait à la fois les côtes de France et celles d'Angleterre. Heureusement, vers 8 heures, la lune se leva, et Lhotse vit distinctement les feux du cap Gris-Nez et ceux de Douvres. Vers 9 heures, il aperçut Folkestone ; mais ce ne fut qu'à 10 h 1/4 qu'il parvint à franchir la côte anglaise.
Craignant qu'un courant contraire ne le repoussât vers la mer, il ouvrit la soupape et se mit en mesure de descendre.
Après quelques mètres de trainage, l'aérostat s'arrêta dans la prairie où étaient parqués des moutons. Lhotse ayant dégonflé et plié son ballon, y passa la nuit à la belle étoile. Le lendemain, il fut éveillé par les bêlements des animaux, inquiets de trouver là ce compagnon tombé du ciel. Un paysan lui apprit alors qu'il était à Hent, village situé à 20 kilomètres de Folkestone, et lui offrit une voiture pour le transporter jusqu'à cette ville.
A 3 heures de l'après-midi, il débarquait à Boulogne, justement fier d'avoir le premier réalisé le passage aérostatique du détroit, de France en Angleterre.
Le 8 août de l'année suivante, Lhotse fit une seconde tentative couronnée du même succès. Parti de Boulogne à 7 heure du soir, il atterrissait à 10 heures en Angleterre, à 2 kilomètres de New-Romay.
Lhoste accomplit un troisième passage aérostatique de France ne Angleterre, mais ce fut cette fois, au départ de Cherbourg. Le 29 juillet 1885, à 11 heures du soir, il s'éleva de cette ville en compagnie d'un de ses amis, M. Mangot, dans son ballon Le Torpilleur.
Les aéronautes, grâce à une hélice, à une voile et un flotteur descendu à la surface de la mer, purent se maintenir dans la direction qu'ils souhaitaient et mettre le cap sur Londres où ils avaient projeté d'atterrir.
A 4 h 1/2 du matin, ils franchissaient la côte anglaise ; à 5 heures, ils apercevaient la large ruban de la Tamise, les tours de Westminster et le dôme de Saint-Paul, et bientôt ils prenaient terre à Tottenham, village situé à quelques kilomètres de Londres.
Cette série de succès fut interrompue par un échec qui faillit coûter la vie à l'intrépide aéronaute. Parti de Dunkerque, il voulut franchir une quatrième fois le détroit avec un ballon de 600 mètres dans lequel il s'était embarqué seul. Après s'être élevé à 2.000 mètres pour chercher la couche de vents favorables, il fut, par suite d'une fausse manœuvre de la soupape, précipité dans les flots, et heureusement recueilli par un navire au moment où il allait se noyer.
Cette mésaventure n'empêcha pas Lhotse de préparer un nouveau voyage en Angleterre, au départ de Paris, cette fois. Ce devait être hélas le dernier.
Accompagne de son fidèle ami Mangot et d'un jeune homme de 17 ans, M. Archdeacon, il partit le 13 novembre 1887. L'ascension avait eu lieu malgré un accroc survenu au ballon au moment du gonflement, et que l'on prit à peine le soin de réparer. Par suite de cet accident, le ballon se maintenant difficilement en l'air, il fallut, à Quillebœuf, descendre M. Archdeacon, qui échappa ainsi au sort de ses malheureux compagnons.
Lhoste et Mangot gagnèrent alors la haute mer et disparurent à jamais. Le capitaine du vapeur anglais Prince Léopold, qui rencontra vers 4 heures du soir leur aérostat en détresse, fit de vaines tentatives pour les sauver. La mer était très grosse, le vent très violent, et la pluie tombait abondamment ; les vagues qui déferlaient avec rage sur le ballon forcèrent les aéronautes à lâcher prise et quand l'aérostat dégonflé passa par le travers du navire, il n'y avait plus personne sur l'épave. Lhoste et Mangot avaient péri.
Depuis lors, la ville de Boulogne, fidèle au souvenir de l'aéronaute qui l'illustra par ses deux premiers passages en Angleterre, a élevé un monument à la mémoire de Lhoste, dans son jardin des Tintelleries, à l'endroit même d'où l'intrépide pilote s'élança pour sa première traversée.

Je passe sous silence de nombreuses rééditions du voyage de Blanchard, opérées d'Angleterre en France par des aéronautes britanniques. La traversée en ballon du Pas de Calais n'offrit jamais de réelles difficultés qu'au départ de France.
Après Lhoste et magot, le premier aéronaute qui l'effectua fut M. Henri Hervé. Parti de Boulogne, le 12 septembre 1886, avec son ballon Le National, il fut d'abord entraîné vers la mer du Nord ; mais grâce à des appareils déviateurs dont il s'était mini, il put gagner le banc de Cross-Sand près de Yarmouth. des pêcheurs le prirent à la remorque pour le conduire au port.
Le 22 septembre 1901, M. Latruffe, parti de Dunkerque allait atterrir à Southminster (comté d'Essex). Enfin, le 26 août 1903, M. Henry de la Vaulx opérait, sans l'avoir prémédité d'ailleurs, le septième passage de France en Angleterre par la voie aérienne.
En s'élevant ce jour-là dans les airs, à bord de son ballon le Djinn, M. de la Vaulx, accompagné de deux passagers, comptait bien faire une ascension d'assez longue durée, mais il n'escomptait pas l'extraordinaire raid aérien qu'il accomplit.
Il alla en effet toucher terre à Hull (Angleterre) à l'entrée de l'estuaire de l'Humber, après avoir parcouru à vol d'oiseau plus de 500 kilomètres.
Telle est, avant la tentative de Latham, l'histoire de la traversée maritime de la Manche par le chemin des airs, et même, pourrait-on presque dire, l'histoire de toutes les traversée maritimes en ballon.
En effet, malgré les merveilleux progrès accomplis dans la direction des ballons, aucun essai n'a été tenté jusqu'ici pour aller d'Angleterre en France ou de France en Angleterre en dirigeable. Et quant aux autres traversées tentées en sphérique, aucune d'elles ne fut couronnée de succès.
Après le voyage de Blanchard en 1785, les enthousiastes ne parlaient de rien de moins que de traverser l'Océan et d'aller en Amérique... Hélas ! cent vingt-quatre ans se sont écoulés, et l'on n'est même pas encore parvenu à traverser la Méditerranée. On se souvient qu'une tentative — unique d'ailleurs — fut faite dans ce but, il y a quelques années par M. de la Vaulx, et que cette tentative échoua.
On ne saurait traiter de l'histoire des traversées maritimes en ballon sans donner un souvenir à la tragique et malheureuse expédition d'Andrée.
C'est le 11 juillet 1897 que l'intrépide Suédois partit de Norskoarna, au nord-ouest du Spitzberg. Son ballon le Pôle-Nord cubait 5.000 mètres. Il était muni de trois guide-ropes, dont le rôle était d'en assurer l'équilibre à une faible hauteur en frottant sur le sol ou sur l'eau. sa voilure constituait en une misaine placée entre deux focs, ayant en tout 88 mètres carrés. L'aéronaute pensait que le parcours en ballon durerait environ quinze jours, sur une distance de plusieurs milliers de kilomètres. Après avoir atterri le plus près possible du pôle, éloigné seulement de 1.200 kilomètre du point de départ, il espérait gagner un point au nord de la Sibérie et effectuer son retour en traîneau ou en canot au milieu des régions presque toujours gelées de l'extrême nord de l'empire russe.
On sait que ses prévisions ne se réalisèrent pas. Andrée partit avec ses deux compagnons Sternberg et Fraenkel, et plus jamais on n'entendit parler d'eux.
Notons qu'un savant français, M. Faye, avait prévu l'échec de cette tentative héroïque, mais combien aventureuse. Quand Andrée avait exposé devant lui les détails de son projet, le vénérable savant avait essayé de la retenir :
— Ce n'est pas une expédition que vous tentez là, lui avait-il dit, c'est un suicide.
Et le savant hélas ! ne s'était pas trompé.
Pourtant en dépit de cet échec si tragique et si mystérieux, le projet d'atteindre le pôle en ballon a tenté d'autres aéronautes.
L'américain Walter Hellmann l'a repris il y a quelques années, en y appliquant l'emploi du dirigeable. Mais jusqu'ici le projet n'a pu être réalisé.
L'histoire des traversées maritimes par la route aérienne compte donc jusqu'à présent peu de succès. mais il est vrai que la science de la direction des ballons est encore dans l'enfance et que celle de l'aviation vient à peine de naître. Le ballon dirigeable, perfectionné sans cesse, l'aéroplane, dont la marche vers le progrès se précipite, ouvrent aux explorateurs des voies nouvelles, et peut-être le jour n'est-il plus éloigné où l'homme atteindra les mystères du pôle en passant par dessus les obstacles, par dessus les glaces, par dessus la mer.
Ernest Laut.