La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

2 ème  Année
Samedi 25 Juillet 1891
Numéro  35
MORT D'UN CRIMINEL - TUÉ PAR LES GENDARMES

n repris de justice des plus dangereux, une sorte de bandit nommé Boissin, sorti de prison depuis peu, habitait Rochegude (arrondissement de Montélimar), à cinquante mètres du village.
Il vivait là avec sa fille, la maltraitant, cherchant à lui faire violence et la rouant de coups parce qu'elle ne voulait pas lui céder.
Depuis quelques temps les habitants du pays connaissant les scènes qui avaient lieu chez Boissin, parlaient d'avertir la gendarmerie ; mais le misérable avait juré qu'il typerait ceux qui viendraient pour l'arrêter. Et, afin de bien montrer ses intentions, il ne sortait jamais qu'armé d'un fusil de chasse.
le 7 juillet dernier, décidé d'en arriver à ses fins avec sa fille; Boissin se jeta sur elle.
cette dernière résista désespérément, et, à un moment donnée, elle ne vit d'autre ressoude, pour échapper au misérable, que de sauter par la fenêtre. Elle n'hésita pas.
Elle fut relevée et recueillie par des voisins qui la transportèrent toute blessée à l'hôpital.
La gendarmerie de Suze-le-Rousse reçut aussitôt l'ordre d'arrêter Boissin. Deux gendarmes, sous la direction du brigadier Nativel, se dirigèrent à trois heures du matin vers la demeure du bandit.
Celui-ci sortait précisément de chez lui, armé, comme toujours.
Le brigadier voulut le saisir, mais Boissin fit feu ; Nativel ne put parer le coup qu'à moitié, et fut blessé grièvement à l'épaule.
c'est alors qu'un des gendarmes, pour sauver son chef d'un meurtre certain, tira sur l'assassin qui fut frappé à la tête, tandis que Nativel déchargeait sur ce dernier deux coups de revolver qui l'atteignirent dans l'oreille et le tuèrent net.
Le malheureux brigadier, quoique souffrant beaucoup de sa blessure, en sera bientôt quitte.
La mort de Boissin a été un véritable soulagement pour la population qui considérait, à juste titre, sa présence dans le pays comme une véritable calamité.

Un ballon foudroyé à Chicago (MM. Godard et Panis, aéronautes français bléssés)

A Chicago, sur le terrain de l'Exposition, on venait d'installer un ballon sous la direction de deux de nos compatriotes. MM. Godard et Panis, les aéronautes bien connus.
Le 7 juillet dernier, pendant un orage, le ballon, frappé par la foudre, éclata et fut complètement détruit.
Malheureusement MM. Godard et Panis ont été grièvement blessés.
Ce n'est pas la première fois que la foudre s'attaque aux ballons ; et encore n'est-ce que demi-mal quand l'accident a lieu à terre.
Supposez un aérostat perdu au milieu de la tempête, à trois mille mètres dans les airs, au-dessus des nuages.
La terre a disparu ; le sol ferme et rassurant n'existe plus pour lui.
Le voilà livré, dans l'orage même, à la tourmente des vents contraires qui se le disputent. Il file, avec des soubresauts inattendus, des changement subits de direction, à une vitesse de quatre à cinq cents kilomètres à l'heure.
A un certain moment, les deux ou trois hommes qui sont dans la nacelle sentent leur angoisse décupler ; un courant d'air inquiétant les frôle de bas en haut ; la terre reparaît ; les villages, tout petits d'abord, grossissent, se dessinent de mieux en mieux. C'est la descente rapide ; c'est la chute !
Alors ils jettent du lest, jettent les appareils, jettent leurs vêtements ; puis, comme cela ne suffit pas encore, ils se regardent : quel est celui qui se sacrifiera ?
Et quand le choc n'a pas été trop violent, quand il ne leur a pas brisé les os, le ballon, pendant quelque temps encore, les traîne à travers la campagne, les écorche vifs aux arbres, les meurtrit aux toit des maisons.
A vrai dire, un naufrage en pleine mer est moins terrible ; si l'on n'est pas sauvé par une épave, on meurt, noyé, sans souffrance, en quelques secondes. Mais là, c'est un long supplice, composé de toutes les angoisses imaginables.
Et malgré cela, il y a sans cesse des hommes dévoués, énergiques, que ces dangers n'effraient pas et qui remontent là-haut, tout en haut, toujours plus haut.
ces hommes-là nous consolent un peu des lâchetés de l'humanité.