La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

12 ème  Année
Dimanche 12 Mai 1901
Numéro  547
LE DRAME DE CORANCEZ

Enterrement des victimes
On connaît le drame atroce de Corancez : cinq pauvre petits enfants égorgés, leur père trouvé blessé auprès d'eux et racontant une histoire de chemineaux assassins, à la suite de quoi il est lui-même arrêté sous prévention du meurtre de ses enfants.
Veuf, il aurait voulu épousé une jeune fille et celle-ci lui aurait déclaré qu'elle ne prendrait jamais un mari qui avait tant d'enfants.
Sur ce, les opinions se divisent : les uns accusent violemment le cultivateur Brière, les autres, et parmi eux, sa fille Germaine, échappée au massacre parce qu'elle était placée à Paris, le soutiennent avec énergie.
Le crime serait tellement monstrueux que nous préférons attendre que la vérité soit clairement, indubitablement fixée ; nous parlerons donc simplement de l'enterrement des victimes.
Il fut infiniment touchant : les cinq petits cercueils avaient été rangés dans une sorte de hangar où, sur les rayons, se trouvaient encore des fromages et au plafond des oignons qui séchaient.
La bière de la plus grande des sœurs, de celle qui, si gentiment, était l'attentive et dévouée maman des autres, était seule couverte du drap mortuaire, la commune de Corancez n'en ayant qu'un.
Quant au reste, on avait fait pour le mieux. Avec une délicatesse à noter, on a creusé la tombe des petits auprès de celle où dort leur mère qui les adorait. Ce sont les enfants du village qui eux-même on porté les cercueils au cimetière. Toutes les autorités du département étaient là ou se sont fait représenter ; enfin c'est Mgr Mollien, évêque de Chartres, en personne qui tint à présider la cérémonie religieuse.
Et les plus humbles suivirent en pleurant le cortège relativement somptueux de ces innocents si horriblement massacrés.
Rarement obsèques furent émouvantes à ce point.

Admirable dévouement d'une fillette
Nous avons à raconter un autre drame terrifiant et où une enfant de onze ans s'est montrée absolument sublime.
C'est la petite Marie Fontagne, de Sucy-en-Brie, morte dans d'horrible conditions en sauvant ses frères.
Elle ne voulut point se coucher avant qu'ils fissent rentrés et prit un livre pour se tenir éveillée, mais le sommeil fut le plus fort et, quelques instants après, elle se précipita à la fenêtre, environnée de flammes et criant, éperdue, au secours.
En dormant elle avait renversé la lampe et mis le feu à ses vêtement.
Les voisins accoururent et durent pénétrer dans la chambre par la fenêtre car elle avait barricadé la porte par crainte des voleurs.
On voulut la sauver, mais elle, à moitié morte déjà, se défendait :
— Eux d'abord ! criait-elle en indiquant ses frères.
Quand ils furent à l'abri, quand elle permit qu'enfin on s'occupât d'elle, il était trop tard, elle mourut avec, sur les lèvres, un sourire de martyre, et ses derniers mots furent ceux-ci :
— Sont-ils bien sauvés tous les quatre ?
On gâche beaucoup de bronze pour élever des statues à d'hypothétiques grands hommes, n'y a-t-il point quelque part un morceau de marbre très blanc pour faire un monument à cette sublime Marie, à cette victime adorable de son dévouement ?

Un soldat du génie enlevé par un Ballon

Un malheureux soldat du génie a fait récemment, faute d'avoir compris l'ordre donné, une épouvantable chute.
C'était à Versailles, au parc d'aérostation du 1er régiment du génie, on faisait des manœuvres d'ascension captive.
Un ballon non monté était relié par un câble à un treuil.
L'officier commanda : « Lâcher tout » et comme le commandement avait été mal exécuté, il fit recommencer.
Cette fois, cinq hommes exécutèrent l'ordre ; mais le sixième, nommé Guiry, resta accroché à la nacelle.
Rapidement le ballon monta à 40 mètres ; on fit aussitôt agir le treuil, et le ballon était déjà redescendu à 25 mètres, lorsque le pauvre Guiry, soit par fatigue, soit par vertige, lâcha les mains et vint s'abattre sur le sol.
Il a été transporté à l'hôpital avec plusieurs fractures, mais vivant encore.