La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

5 ème  Année
Lundi 28 Mai 1894
Numéro  184
UN BALLON SUR LES TOITS

Nous n'en sommes pas encore aux beaux temps prédits où les omnibus et les fiacres seront avantageusement remplacés par des aérostats.
Les ballons ne sont point dirigeables.
Je sais que l'on y invoque les nécessités de la défense nationale ; si l'on cache les nouvelles machines comme des divinités hindoues, c'est pour ne pas en dévoiler le foudroyante supériorité à ceux qui demain peuvent devenir nos ennemis.
Soit, je le veux bien ; si on l'exige, je dirai même que je l'espère. Mais en attendant, les ballons errent au hasard dans l'étendue, conduits souvent par de jeunes hommes inexpérimentés et séduits par l'idée d'un petit bénéfice en même temps que par la joie de se faire appeler « capitaine » parce qu'ils auront une casquette ornée de galons d'or à eux décernés par eux même.
Les accidents se multiplient, et il arrivera que les préfectures de police, qui exige des filets dans les cirques pour protéger les acrobates, interdira les ascensions d'amateurs.
Dans une seule journée de dimanche, dans Paris, on a vu deux chutes qui aurait pu avoir de terribles résultats.
Un ballon est tombé rapidement et droit comme une pierre en plein marché Saint-Germain, tandis qu'un autre s'abattait sur le toit du numéro 7, rue Saint-Fiacre.
Pour dégager ce dernier et sauver M. Wavrick, qui le montait, il a fallu l'intervention des pompiers agiles et braves comme toujours.
L'aéronaute en a été, comme son confrère du marché, quitte pour une forte émotion ; mais il n'en est pas toujours ainsi, et il y a lieu de se demander s'il est bon qu'on permette de risquer de la sorte des existences humaines sans aucun intérêt scientifique.
Ces ascensions foraines ne font-elles pas perdre du sérieux aux vraies recherches que l'on fait pour doter enfin notre pays d'un grand et utile moyen d'action ?
C'est peut-être ce à quoi il serait bon de réfléchir.

Centenaire de l'École polytechnique

Comme nous l'avons déjà dit, l'École polytechnique arrive à ses cent ans au moment où l'un de ses anciens les plus arrivés occupe le fauteuil envié de la présidence de la République.
C'est une chance pour les pipes, car cela a augmenté l'éclat des fêtes qu'ils ont données.
M. Carnot s'est multiplié et il faut dire qu'il a plu beaucoup, partout où il jugé bon de paraître.
Après les différentes cérémonies dans l'intérieur de l'École, après tous les souvenirs à ceux des anciens qui ont illustré la France ou qui sont morts glorieusement pour elle, on s'est réuni en un magnifique bal au Trocadero, illuminé a giorno pour la première fois en cette circonstance.
C'est un coin de cette dernière partie de la fête que nous avons reproduit pour nos lecteurs.