La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

6 ème  Année
Dimanche 29 Septembre 1895
Numéro  254
DÉVORÉ PAR UN LION

Un pauvre garçon vient d'expier bien chèrement un accès de vantardise.
C'est un nommé Léon Eysette, âgé de vingt-quatre ans et employé à Lyon au chemin de fer, qui eut, Dieu sait ourquoi et pour qui, l'idée de se faire photographier dans la cage aux lions du dompteur Castenet-Pezon.
Très faraud, il entra dans la cage centrale, le matin à six heures, sans prévenir qui que ce soit de la ménagerie.
Son photographe, muni de son appareil, s'installa en bonne place pour prendre une épreuve.
Que se passa-t-il ? Volontairement ou non, Eysette fit jouer le mécanisme qui fermait la cage du lion Romulus, et celui-ci se précipitant sur l'imprudent lui broya la tête, après quoi il se mit en devoir de la dévorer.
Le photographe, affolé, poussait des cris qui réveillèrent le garçon de ménagerie. Mais tous les efforts furent vains ; seul, le dompteur Lucas, qu'on alla chercher, put faire rentrer Romulus dans sa cage.
A ce moment, Eysette était mort depuis longtemps.
Peut-être y a-t-il lieu à quelques réflexions.
On blâme, au point de révolutionner presque le Midi, on condamne la cruauté des combats de taureaux et on autorise des gens à risquer perpétuellement de se faire dévorer en public par des animaux qui se vengent justement des mauvais traitements qu'on leur inflige.
Une semaine après le fait que nous venons de rapporter, un des dompteurs de la même ménagerie était cruellement atteint au bras par un fauve.
Encore les belluaires qui font ce métier savent-ils à quoi ils s'exposent et personne ne les force ; mais ne pourrait-on les prier de fermer assez bien leur cage pour que le premier venu ne puisse y entrer et s'y faire dévorer ?

La catastrophe de Hal
Explosion d'un Ballon

Encore un terrible accident et plus affreux encore que l'autre, puisqu'il a causé la mort de quatre personnes.
Un aéronaute très hardi et très expérimenté, M. Toulet, décida trois excellents bourgeois de Bruxelles à l'accompagner dans un voyage dans les airs.
On pouvait avoir confiance en lui ; n'avait-il pas déjà fait 361 ascensions ? En 1888, à la vérité, il était tombé dans la mer du Nord ; en 1893, il n'avait échappé à la mort que par miracle ; mais c'était par exception.
Un drapier, M. Delvaux, un épicier, M. Scheers-Dupuis, un marchand de chaussures, M. Dusaulçoit, montèrent dans la nacelle avec Toulet.
Ils s'étaient bien gardés de rien dire à leurs femmes, qu'ils espéraient éblouir par le récit de leur héroïsme.
L'un d'eux avait sept enfants !
On partit de l'hotel de la Verrerie, à Bruxelles, et le ballon se dirigea vers Hal. On le vit descendre presque jusqu'à toucher le clocher de l'église ; ce fut alors que Toulet voulant remonter pour prendre un meilleur atterrissage jeta du lest trop brusquement et en trop grande quantité.
Le ballon fila droit en l'air avec une rapidité extraordinaire ; il n'était presque plus qu'un point pour ceux qui le suivaient des yeux, lorsqu'une explosion se produisit ; l'aérostat, avec ses passagers, vint s'abîmer sur la route de Hal.
Bien entendu les quatre hommes étaient morts asphyxiés par la rapidité de leur chute avant que leur corps vinssent s'émietter sur le sol.
Le ballon avait atteint une trop grande hauteur ; les gaz se dilatèrent, Toulet ne parvint ou ne pensa pas à ouvrir la soupape pour les laisser échapper, ils firent éclater l'enveloppe du ballon.
Voilà bien des familles en larmes pour une imprudence.