La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

10 ème  Année
Dimanche 30 Juillet 1899
Numéro  454
ADIEUX DU COMMANDANT MARCHAND À SES COMPAGNONS

Les Sénégalais, braves et dévoués compagnons de Marchand, sont en route pour leur pays.
Puisqu'on s'y était formellement engagé, on les a conduits à Paris, mais on ne leur à pas fait large mesure.
On leur a prouvé qu'il ne fallait pas abuser des bonnes choses ; aussitôt arrivés, aussitôt repartis.
pour se divertir, pour voir les merveilles du « grand village » tant vanté, ils ont eu en tout juste la journée.
C'est peu. En quoi pouvait-on prendre ombrage de ces pauvres nègres ? Les acclamations dont ils furent l'objet, et qu'à vrai dire on ne prodigue pas à d'autres qui les souhaiteraient, ont-elles compromis la stabilité de l'État ?
O mesquinerie ! O petitesse ! Il suffit que l'on crie « Vive quelqu'un » pour que ce quelqu'un devienne suspect à ceux sur le passage de qui l'on garde le silence, — leçon des puissants.
Les Sénégalais qui, certes, n'aspirent point à la dictature, furent empilés, comme des Anglais, en tournée Cook, dans des breaks énormes, escortés, comme le panier à salade des malfaiteurs, par des gardes à cheval.
Encore n'envoya-t-on point au même endroit toutes les voitures à la fois, leur poids eût peut-être fait perdre l'équilibre à nos institutions : tandis que l'une était aux Invalides, l'autre était à la Tour Eiffel.
Grâce à tant de sages précautions, la République fut sauvée une fois de plus.
Après leur avoir précipitamment montré Paris, on conduisit les Sénégalais au Châtelet, où ils virent la Poudre de Perlinpinpin.
Ils entendirent surtout beaucoup la Marseillaise, que le public, dans son enthousiasme patriotique, réclama six fois pendant le cours de la soirée.
Mais ce qui fut vraiment beau et saisissant se passa à la fin du spectacle.
Le commandant Marchand réunit ses hommes dans le foyer du public et en quelques mots émus leur dit adieu en leur serait la main. Les larmes emplissaient ses yeux et les les, et ce fut fini : ceux qui pendant trois ans, avec des fatigues, au milieu de périls inouïs, allant toujours ensemble sans quitter jamais, vécurent cette admirable épopée, se quittèrent dans un foyer de théâtre pour ne plus se revoir jamais.
Qui voyage un peu à travers la France se heurte à bien des statues ridicules élevées à des grotesques ; où se trouve la pierre portant gravés pour qu'on s'en souvienne toujours les noms de Marchand et de tous ceux qui le suivirent ? Si j'étais le directeur du Châtelet, je la placerais dans le foyer de mon théâtre puisque ce fut le lieu qu'on choisit pour cette scène grandiose des adieux de Marchand à ses compagnons.

Terrible mort d'un aéronaute à Beuzeville

Les accidents d'aérostation deviennent depuis quelque temps extrêmement fréquents ; tout récemment encore, à Beuzeville, un malheureux s'est tué.
C'était à l'occasion de la fête de Beuzeville ; on avait gonflé un ballon qui par suite d'une perte de gaz ne put s'enlever à l'heure convenue.
La nuit était venue, il était neuf heures et demie ; l'aéronaute voulut quand même tenir son engagement ; ce scrupule lui coûta la vie.
Il partit sans nacelle et sans lest, crampon au cercle qui réunit les cordages.
L'ascension fut extrêmement rapide ; il est vraisemblable qu'il fut suffoqué et perdit connaissance ; toujours est-il qu'il tomba et mourut auprès d'une ferme peu éloigné de l'endroit d'où il était parti.