La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

12 ème  Année
Dimanche 03 Novembre 1901
Numéro  572
CONCOURS DE JOUETS - EN PLEINE MER LE MÉDITERRANÉE

Le préfet de police a eu une excellente idée en instituant pour Paris et le département de la Seine un concours de jouets à bon marché.
La plupart des inventions dans ce genre viennent de Paris ; ils le savent les papas ou les grand-papas qui, voyageant a l'étranger, ont voulu rapporter des joujoux aux bébés.
Qu'ont-ils trouvé ?
A peu près rien que de grossières contre-façons des nôtres.
Pour les baraques du Jour de l'an, tout un monde d'ingénieux petits travailleurs très méritants s'agites pour inventer et fabriquer ces mille bibelots, souvent si spirituels, qui feront la joie des enfants, la tranquillité des parents.
Ce sont ces braves gens que l'on a voulu encourager.
A ceux qui auront présenté les meilleurs modèles, on donnera des récompenses. A tous, on aura fourni l'occasion de produire leurs inventions et, par conséquent, de les utiliser.
Les inscriptions sont nombreuse déjà, et l'on travaille ferme dans les modestes ateliers des concurrents.


En pleine mer
Le méditerranéen recueilli par le « Du Chayla »
On sait l'expérience tenté par M. de la Vaulx pour traverser la mer en ballon.
Après de nombreuses péripéties, il partit enfin, escorté par le croiseur Du Chayla, commandant Serpette.
De Toulon, il avait résolu de passer en Algérie.
Quarante et une heures, il plana au-dessus de la mer, à la vitesse très faible de deux ou trois nœuds. Mais le vent l'ayant si fortement fait dériver qu'il ne pouvait conserver l'espoir d'atteindre le point désigné, il se décida à accepter l'offre du commandant Serpette, et à se faire rapatrier par le croiseur.
En somme, il n'avait pas été un instant en danger, mais seulement mis dans l'impossibilité de suivre sa direction.
Sa tentative est donc digne d'éloges, et étant donnés son énergie et son mérite, on peut être assuré qu'il recommencera et qu'il réussira.

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La conquête de l'air, la prise de possession de l'océan atmosphérique qui enveloppe cette planète terraquée, passionne depuis quelque temps notre public français tout particulièrement et quelque peu aussi ses voisins d'Europe. Lessiveuses tentatives qui viennent de se produire dans ce sens ont été extrêmement intéressantes, bien que laissant encore incertaine la solution définitive du problème de l'aéro-nef, — de l' « air-navire » comme l'appelait tout simplement Victor Hugo en 1867.
Le desiderata essentiel de la réalisation de ce progrès, c'est la découverte d'une source d'énergie qui soit énormément plus puissante, à poids et à volume égaux, que toutes les énergies motrices employées jusqu'à ce jour en mécanique. Dans la navigation aérienne, il y a une telle quantité de force dépensée inutilement — à la lettre, gaspillée — pour communiquer une agitation stérile au milieu fluide dans lequel on se meut, que ni les appareils à vapeur les plus perfectionnés, ni même les appareils à essence ne peuvent faire les frais de ce gaspillage. Quant à l'électricité, l'accumulateur léger étant encore à découvrir, il est inutile en l'état de tabler sur son secours. Trouver l'explosif souverainement puissant et docilement maniable qui actionne un mécanisme léger, non encombrant, tel semblerait être l'idéal nécessaire.
Le Méditerranéen de M. Henri de la Vaulx a essayé de s'affranchir de cette nécessité et avec ses « déviateurs » et ses « stabilisateurs » a tenté de remplacer la force par la ruse, si j'ose ainsi m'exprimer. Mais on l'a bien vu : pour ingénieux qu'ils fussent, ces trucs n'ont pas réussi.
Que l'invention que je viens d'indiquer soit réalisée et alors ce n'est pas seulement le problème de l'aviation qui est résolu ; toutes les formes de l'industrie humaine, ou pour mieux dire toutes les manifestations de son activité, soit pacifique, soit belliqueuse, seront révolutionnées de fond en comble.
Est-ce bien à souhaiter, et le genre humain en serait-il plus heureux ?... C'est à savoir, hélas !

Lorque les frères Montgolfier (Annonay), Pilâtre de l'ozier et d'Irlandais, il y a de cela cent vingt-huit ans, s'élevèrent dans les airs à l'aide de la machine à air chaud inventée par les premiers, d'innombrables écrivains, prosateurs et poètes, — surtout poètes ou prétendus tels, — s'improvisèrent les interprètes de l'enthousiasme du public émerveillé. voici un échantillon remarquable de ces effusions poétiques :

Si quelque peuple insolent
Nous déclare la guerre,
Nous pouvons en char volant
Lui lancer le tonnerre,
Bientôt le Bonze étonné
Verra sur sa pagode
Arriver, illuminé,
Notre char à la mode.

Nous pourrons, par ce moyen,
Visiter les planètes,
Les astres les plus lointains,
Ainsi que les comètes.
Ainsi, dans cet univers,
Tout va changer de face...

J'ai qualifié de « remarquable » cette prose rimée, mais ce n'est pas pour la transcendance de son lyrisme, certes non ! C'est pour l'audace prophétique de ses visées. Chacun, d'ailleurs, était persuadé de vérité de telles prédictions ; les gazettes, les sociétés savantes, l'opinion publique s'en faisant l'écho. Et vous remarquerez qu'on ne disait pas autre chose dans la plus grande partie de la presse et du public le lendemain des premières expériences de M. de Santos-Dumont, parti vers la tour Eiffel à la conquête du prix Deutsch. — qu'il a fini par gagner moralement, c'est-à dire platoniquement, alias sans passer à la caisse.
Il s'en moque d'ailleurs, étant par bonheur de ceux qui sont assez bien rentrés pour payer leur gloire ou leur gloriole. Mais, comme les 100.000 francs du prix Deutsch étaient, par M. Santos-Dumont, destinés aux pauvres de Paris, cette tentative de conquête de l'air aura abouti pour eux à une promesse « en l'air ». Une de plus à ajouter à tant d'autres qui ont leurré tant de pauvre diables et qui, ayant mis leur patience à bout, nous placent à cette heure dans l'imminence des plus orageux événements.

Que l'aviation humaine étant à la fin entrée dans le domaine des réalités, on puisse, entre belligérants, « du haut d'un char volant se lancer le tonnerre », comme le vaticinaient les vers du rimeur de 1784, cela est vraisemblable. Disons même, hélas ! que cela est tout indiqué. Mais qu'on puisse par ce moyen « visiter les planètes », voilà à quoi nul ne songe plus, depuis Cyrano de Bergerac tout au moins.
La couche atmosphérique qui nous entoure est d'une épaisseur bien minime : 100 kilomètres à 150 tout au plus. Et sa densité décroit si rapidement que celle de l'hydrogène dont sont gonflés nos aérostats doit abdiquer sa force ascensionnelle à une altitude de moins de vingt kilomètres. A cette hauteur-là, d'ailleurs, règne une température qui serait incompatible avec une vie humaine, si la raréfaction de l'air ne suffisait pas là-haut à mettre cette vie aux abois. Les ballons sondes, munis de thermomètres a minima, sont redescendus avec des indications de 60° au dessous de zéro à l'altitude de quinze à seize kilomètres. Le froid qui règne aux limites extrêmes de notre atmosphère est évalué à 175°.
Ah ! qu'il est mince, considéré dans son épaisseur, le domaine de l'homme sur cette planète, atome dans la poussière de mondes dont se compose notre nébuleuse ! Nous sommes condamnés à être les hôtes de l'épiderme terrestre. En hauteur, la vie nous est interdite au-dessus du douzième kilomètre, — la distance de Paris à Enghien. En profondeur, impossibilité de rêver une descente équivalant au trajet d'une ligne d'omnibus dans Paris... Il avait joliment raison, ce voyageur qui, ayant fait plusieurs fois le tour du globe, s'écriait avec conviction :
« Le monde est un petit endroit ! »

Rixe entre régiments Anglais

Deux détachements anglais, l'un du régiment de Worcester, l'autre du régiment de Durham, que l'on tenait au camp d'Aldershot prêts à partir pour le Transval, se sont violemment gourmés, peut-être pour s'entraîner aux luttes qui les attendent dans l'Afrique du Sud.
Depuis longtemps l'orage grondait. Il éclata à propos d'une discussion de cantine et l'on en vint furieusement aux mains.
Des coups de fusil furent suivis de coups de baïonnette, si bien que lorsqu'on sépara enfin les combattants cinq soldats du régiment de Durham furent emportés assez dangereusement blessés.