La Conquête de l'Air du Petit Journal

La Conquête de l'Air

Prochaine parution, « Les feuilles volantes de la conquête de l'air » à travers le Petit journal.
Une publication des Editions Limitées, tirage limité, numérotés, commercialisation en avril 2016.


La Conquête de l'Air : 42 Numéros



Conquête de l'air du Petit Journal

13 ème  Année
Dimanche 02 Mars 1902
Numéro  589
APOTHÉOSE DE VICTOR HUGO

La France célèbre en ce moment la mémoire de l'un des plus grands parmi ses fils, d'un homme dont la gloire n'a jamais coûté une larme à personne, de l'un des plus illustres poètes qui aient jamais existé au monde, de Victor Hugo.
C'est son centenaire que l'on fête, et tant il était vert et robuste dans sa vieillesse, on espérait lui voir présider à lui-même les cérémonies triomphales. La mort nous a privés de cette joie, il y a dix-sept ans déjà, mais Victor Hugo reste immortel , s'il a rendu à la terre sa dépouille matérielle, son âme vibre et toujours animera les esprits de l'humanité.
Officiellement ou individuellement tous vont honorer le poète sublime. Il n'y aura pas une seule discordance. Le génie de Victor Hugo s'est imposé à tout l'univers. Il est même touchant de constater que de toutes parts, à l'étranger, on organise des cérémonies ou des fêtes en l'honneur de Victor Hugo.
C'est en même temps rendre hommage aux lettres françaises et affirmer que Victor Hugo est le poète de l'humanité tout entière.

Le naufrage du « Santos-Dumont »
On dit volontiers que la fortune aide les audacieux ; il est probable en tout cas qu'elle les protège ; l'intrépide de Santos Dumont vient de l'éprouver. Il a échappé ces jours derniers à un effroyable danger.
Après avoir, on se le rappelle, failli être écrabouillé sur terre, il a manqué de peu la mort dans la mer.
On sait qu'après avoir gagné le prix de 100,000 francs qu'il abandonna généreusement aux pauvres, il avait résolu d'aller de Monaco en Corse avec un ballon dirigeable, après quoi il irait jusqu'en Algérie, après quoi il traverserait l'Atlantique, après quoi... il n'y avait plus de raisons pour qu'il s'arrêtât.
En attendant, il faisait aux environs de petites promenades au-dessus de la mar.
C'est au cours d'une de ces expéditions préparatoire qu'il a pensé mourir noyé.
Il était sorti de Monaco et se dirigeait vers le cap Martin, il était deux heures et demi environ.
Dès le début, on vit que l'aérostat gouvernait mal ; le vent poussait vers le rocher de Monte)Carlo. Soudain le soleil ayant dilaté l'hydrogène, le guiderope quitta la mer et le ballon se cabra pour ainsi dire. Les fils arrière de la nacelle se brisèrent, et se prenant dans l'hélice qu'ils rompent, provoquèrent une large déchirure de l'enveloppe.
Le Santos Dumont se dégonfla rapidement et tomba dans la mer avec son inventeur.
Par bonheur, deux chaloupes à vapeur d'un yacht s'élancèrent, et purent recueillir M. de Santos Dumont, que l'on conduisit à bord du yacht du prince de Monaco.
Le jeune intrépide voyageur aérien en est quitte pour un bain assez désagréable et pour un rhume assez gros, suite de son obstination à vouloir garder sur lui ses vêtements mouillés, tant qu'il n'a pas vu achever le repêchage des épaves de son aérostat.
Il n'est nullement découragé. Il va en construire un autre qui sera, affirme-t-il, bien supérieur aux autres.

Radica et Doodica Après l'opération
Le naufrage du « Santos-Dumont »

M. Doyen, le chirurgien dont la hardiesse, l'habileté et la rapidité opératoire sont célèbres, a séparé l'une de l'autre les sœur Radica et Doodica, ces deux fillettes hindoues exhibées au cirque Barnum.
l'intervention chirurgicale s'imposait par ce fait que l'une des deux enfants, Doodica, avait été reconnue tuberculeuse au dernier point. Elle est morte, d'ailleurs, peu de temps après l'opération. Le seul moyen de préserver sa sœur Radica était de la séparer d'elle.
Radica vivra-t-elle ? C'est ce qu'il n'est pas encore permis d'affirmer ; en tout cas la science aura fait son devoir.
Les deux fillettes, nées aux Indes anglaise, furent achetées par la femme d'un officier anglais, Mme Colman, qui s'intitule leur tutrice, et qui s'empressa de les exhiber moyennant finance ; ce traitement relativement maternel n'était peut-être point celui qui convenait à des enfants menacées de la tuberculose, mais pour les Anglais les affaires sont les affaires n'est-ce pas ?
Les deux pauvrette s'adoraient. Elles ont pleuré, paraît-il, d'avoir été séparées et maintenant, avec beaucoup de soin, on cache à Radica la mort de Doodica. On lui dit qu'on a envoyé sa sœur dans un pays où elle aura plus chaud et où elle ira la rejoindre.
C'est peut-être plus vrai que cela n'en a l'air.