Les numéros incontournables du Petit Journal

Les numéros incontournables

Certains numéros du Petit Journal sont devenus, par leurs illustrations, la gravité de l'événement raconté ou la polémique suscitée, figure mythique de la mémoire collective.


Les incontournables : 14 Numéros



10 ème  Année
Dimanche 09 Avril 1899
Numéro  438
LA CONVENTION FRANCO-ANGLAISE

M. Paul Cambon et Lord Salisbury
Pour quelque temps, pour longtemps peut-être — c'est bien le moins que nous puissions espérer — le calme est rétabli entre la France et l'Angleterre ; cette dernière cessera ses rodomontades que nous avons prises souvent trop au sérieux.
Grâce aux effort de M. Paul Cambon, secondé avec quelque bonne volonté par lord Salisbury, une entente est intervenue dont nous tirerons de certains avantages.
les Anglais y gagnent assurément beaucoup plus que nous ; mais, de même qu'un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès, de même une médiocre convention est préférable à une bonne guerre, si tant est qu'il en soit de bonnes à l'exception de celles que l'on entreprend pour venger l'honneur de la patrie.
Quoi qu'il en soit et en attendant que l'avenir et l'expérience donnent au nouveau traité sa véritable valeur, M. Paul Cambon, représentant de la France, M. Salisbury, ministre d'Angleterre, ont servi la cause de la civilisation et de l'humanité en imposant définitivement silence aux canons.
Notre carte d'Afrique montre la délimitation des zones d'influence française et anglaise dans l'Afrique centrale, d'après l'arrangement du 21 mars 1899.
La convention franco-anglaise abandonne à l'Angleterre tout Bahr-el-Ghazal et le bassin du Haut-Nil jusqu'aux possessions de l'Afrique orientale anglaise.
La France se réserve les territoires du Ouadaï, du Baguirmi, de Kanem, à l'Est et au Nord du lac Tchad. Ainsi les communications de nos possessions du Congo et du Haut-Oubangui sont maintenant assurées avec le Soudan et l'Algérie.
Par contre, l'Angleterre projette de relier par une ligne télégraphique ininterrompue ses possessions de l'Afrique du Sud : colonie du Cap, Zambézie, avec ses nouvelles acquisitions dans le Soudan oriental.

La carte de L'Afrique

Le lieutenant Mizon
Par une singulière fatalité, en même temps que la conclusion de la convention de l'Afrique centrale, nous apprenions la mort tristement prématurée de l'un des plus héroïques parmi les explorateurs français.
En pleine force, à quarante-six ans, le lieutenant Louis Mizon vient de mourir ; la nouvelle en est parvenue de Zanzibar au ministre, qui, quinze jours auparavant, avait nommé Mizon au poste très important de gouverneur de Djibouti.
Sa nomination lui avait été envoyée à Mayotte dont il était administrateur en chef et où il est mort.
Lieutenant de vaisseau, il avait, à travers le Soudan et le Congo, accompli brillamment de dangereuses missions.
Puis il avait conçu le rêve, aujourd'hui réalisé, de réunir les unes aux autres toutes les possessions de la France en Afrique.
Il fit dans ce but plusieurs excursions vers le lac Tchad.
Au sujet de la navigation sur le Niger, il eut avec le Royal Niger Company des contestations célèbres et dont le résultat fut la délimitation exacte des droits respectifs de la France et de l'Angleterre.
Fatigué de tant de luttes, il avait abstenu d'entrer dans l'administration coloniale.
Notre pays perd en lui un de ses serviteurs les plus dévoués.

La peine de mort en Amérique
Une électrocution

En attendant la prochaine et très souhaitable suppression de la publicité des exécutions capitales, les Américains, avide de progrès, viennent, une fois de plus, d'appliquer l'électricité à la peine de mort.
Le dernier mot du perfectionnement n'est point encore trouvé, puisque la mort n'est pas foudroyante comme on le voudrait.
Une certaine femme Place, qui avait assassiné sa belle-fille, à Brooklyn, n'a pas succombé, en effet, à l'action du premier courant, bien qu'il fût pendant durante secondes de 1760 volts.
On vit en effet, entre la première et la seconde décharge, ses lèvres remuer pour murmurer une prière.
Le spectacle fut même si terrifiant que le confesseur ne put le supporter et détourna la tête.
La doctoresse et l'infirmière montrèrent plus de fermeté.
La condamnée fit preuve d'un très grand courage.
Depuis le moment où dans la prison de Sing-Sing, l'exécuteur Waren-Sage lui annonça que sont sort était fixé, jusqu'au lendemain où il la fit assoir sur le fauteuil et lui appliqua sur la tête l'électrode, et pendant le supplice, elle ne fit point entendre la moindre plainte.
Une telle résignation est assurément remarquable, mais elle ne saurait effacer l'horreur du crime.