Les numéros incontournables du Petit Journal

Les numéros incontournables

Certains numéros du Petit Journal sont devenus, par leurs illustrations, la gravité de l'événement raconté ou la polémique suscitée, figure mythique de la mémoire collective.


Les incontournables : 14 Numéros



12 ème  Année
Dimanche 02 Juin 1901
Numéro  550
LA REVUE DE VINCENNES, LES INVENTIONS ILLUSTRES : L'IMPRIMERIE ... MARINONI

Les Parisiens sont toujours très friand de revues militaires ; que ce soit à Longchamp pour le 14 juillet, à Satory ou à Vincennes pour la revue de printemps, ils s'écrasent sur le passage de nos régiments, de nos escadrons, de nos batteries.
cette année, le général Florentin, gouverneur de Paris, leur a donné au champ de courses de Vincennes un spectacle particulièrement intéressant et l'on peut dire qu'il les a gâtés.
Après la revue proprement dite, qui a duré moins d'un quart d'heure, au lieu de défiler comme à l'ordinaire, il a ordonné une série de mouvements qui ont soulevé l'enthousiasme des très nombreux spectateurs et vivement contenté le généralissime Brugère.
Manœuvre en ordre déployé suivie d'assaut, mise en batterie par régiment, charge en fourrageurs et enfin charge en ligne par deux régiments, tout a été exécuté avec une perfection absolue.
La foule en a été profondément impressionnée et enchantée de « ses soldats », elle a poussé de longs et chaleureux cris de : « Vive l'armée ! »

Extraordinaire accident
invention illustres : L'Imprimerie de Gutenberg à Marinoni

Auprès de Nîmes, au tournant du pont d'Airelles, M. Laget, du hameau de Fenouillet, passait avec ses deux enfants, dans une petite voiture attelée d'une mule.
Soudain la bête s'affola et lança ses deux jambes de devant par-dessus la parapet. le choc précipita M. Laget dans la rivière ; puis les brancards s'étant rompus, la mule vint s'abattre auprès de lui et se tua net, mais chose extraordinaire la voiture resta sur le pont et les enfants n'eurent absolument rien, qu'une forte peur comme on le peut croire.

invention illustres
L'imprimerie
Parmi les inventions illustres peu ont amené d'aussi grands bienfaits que celle de l'imprimerie.
C'est grâce à elle que se répand l'instruction, que les idées nobles et généreuses pénètrent dans les masses ; on peut donc inscrire au nombre des bienfaiteurs de l'humanité, ceux qui inventèrent comme Gutenberg, Fust et Schœffer en 1436, celui qui de nos jours, comme M. Marinoni, perfectionna le matériel d'imprimerie au point de le transformer complètement.
Certes, depuis les caractères de bois non mobiles de Gutenberg, on avait fait des progrès importants ; mais avant 1848 on se servait de machines plates, d'ou extrême lenteur dans le tirage, impossibilité par conséquent de lancer en quelques heures des milliers d'exemplaires de journaux.
M. Marinoni, entré en apprentissage à onze ans, était en 1843 contremaître dans la maison Gaveaux. Après avoir singulièrement perfectionné la machine plate, il inventait avec son patron la machine à réaction à quatre cylindres qui permettait immédiatement de doubler la production.
Puis, en 1850, s'étant installé alors à son compte, il poursuivait seul une admirable série d'inventions qui ne s'est plus interrompue.
En 1866, date fameuse dans l'histoire de l'impression, il donnait la célèbre machine rotative à grande vitesse faisant la retiration.
Avant lui, il fallait, avec la machine américaine Hoe, par exemple, faire passer la feuille à deux reprises sous les cylindres, car elle ne s'imprimait que d'un seul côté à la fois.
Puis M. Marinoni s'attachait à perfectionner ses presses rotatives ; il arrivait à en augmenter prodigieusement la vitesse en diminuant énormément la place occupée ; enfin il parvenait à son chef-d'œuvre, la machine rotative chromotypographique sur laquelle est tiré notre Supplément illustré en couleurs.
Avant qu'elle eût paru, il fallait autant de tirages qu'il y avait de couleurs. Quelques timides essais avaient été tentés, mais alors les couleurs bavaient et se confondaient ; nos machines tirent aujourd'hui à la fois à sept couleurs, noir compris ; le célèbre inventeur a vaincu la difficulté d'étendre les couleurs, de les juxtaposer et superposer sans bavures ; les encriers de la machine cylindrique les distribuent avec une précision telle qu'elles sèchent immédiatement, ce qui produit la netteté absolue.
M. Marinoni a renové l'imprimerie dans tout ses détails ; on lui doit notamment l'invention des coins de serrage qui assurent la régularité et la solidité de la mise en pages.
Notre siècle sera illustre entre tous à cause de ses stupéfiante découvertes, mais il n'eût pas accompli le quart de tant de merveilles sans l'admirable appui de l'imprimerie. M. Marinoni, en mettant au service des savants, des penseurs, des écrivains un instrument ainsi perfectionné, s'est donc montré un grand serviteur de l'esprit humain et un des plus utiles bienfaiteurs de l'humanité