Les numéros incontournables du Petit Journal

Les numéros incontournables

Certains numéros du Petit Journal sont devenus, par leurs illustrations, la gravité de l'événement raconté ou la polémique suscitée, figure mythique de la mémoire collective.


Les incontournables : 14 Numéros



10 ème  Année
Dimanche 07 Mai 1899
Numéro  442
M. DOUMER REÇU PAR LE ROI DE SIAM

L'habile gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Doumer, vient de faire auprès du roi de Siam une démarche dont l'importance est considérable au point de vue des intérêts français.
On sait que les intrigues étrangères avaient, ces temps derniers, assez fortement menacé notre influence, et la presse européenne, dans un but qu'on devine, représentait volontiers le roi de Siam et ses ministres comme entièrement inféodés à l'Angleterre.
Avec un rare bonheur et une finesse remarquable, M. Doumer a remis comme on dit les choses au point.
Il a été reçu au palais de Bangkok avec des honneurs tout spéciaux et une cordialité rare ; le roi, les princes, les ministres ont rivalisé publiquement d'amabilité a son égard.
Mais le plus intéressant est que les réceptions publique terminées, il a eu avec le roi et les ministres plusieurs entretiens confidentiels de longue durée.
Il n'en a pas dissimulé sa grande satisfaction et nous apprendrons sans doute par un prochain courrier les avantages que notre pays doit à l'intervention d'un homme d'État de la haute valeur de M. Doumer.

L'assassin de Choisy-le-Roi à l'anthropométrie

La police s'est enfin emparée de l'ignoble assassin de la petite Louise Martin.
C'est une sorte de brute de vingt et un ans nommée George Sautton.
Dès le premier moment, on l'avait arrêté pour vagabondage et on l'avait gardé en prison à cause de plusieurs condamnations antérieurs, mais on ne prévoyait pas alors l'importance de la capture que l'on avait opérée; on ne le soupçonnait nullement d'être l'auteur du crime de Choisy-le-Roi.
Quelques jours après seulement on découvrit la vérité. Sautton, pressé de questions, s'embarrassa et fini par avouer.
C'est un terrassier, travailleur des plus intermittents et vivant le plus souvent de mendicité ou de produit de ses vols.
Il est vicieux et d'intelligence plus que médiocre, point assez stupide cependant pour que l'on puisse invoquer l'irresponsabilité. Rien, il faut l'espérer, ne la soustraira au châtiment qu'il a mérité.
Notre dessinateur l'a représenté au moment où il pose devant M. Bertillon.
Ce dernier est, comme on sait, l'auteur de l'anthropométrie, une admirable invention que les gouvernements étrangers se sont hâtés de nous emprunter et qui permet, en quelques instants, d'établir avec une extrême précision l'identité des malfaiteurs qui ont été une fois seulement au pouvoir de la police.
M. Bertillon a beaucoup fait parler de lui ces jours-ci, à l'occasion de son minutieux et très remarquable travail tendant à attribuer à Dreyfus la confection du fameux bordereau.