Les numéros incontournables du Petit Journal

Les numéros incontournables

Certains numéros du Petit Journal sont devenus, par leurs illustrations, la gravité de l'événement raconté ou la polémique suscitée, figure mythique de la mémoire collective.


Les incontournables : 14 Numéros



25 ème  Année
Dimanche 12 Juillet 1914
Numéro  1234
LA TRISTESSE DU VIEIL EMPEREUR

« Rien ne m'aura été épargné sur cette terre ! »
Tel fut le cri poignant de l'empereur François-Joseph quand on lui apprit le drame de Sarajevo.
En effet, la vie du vénérable souverain a été tissée de drames tragiques.
Depuis le 2 décembre 1848, jour où fut inauguré son long règne, la mort, sans relâche, a frappé autour de lui.
Le 19 juin 1867, son frère, l'archiduc Ferdinand, couronné empereur du Mexique sous le nom de Maximilien 1er, condamné à mort, tombe sous les balles des nationalistes mexicains dans les fossés de Queretaro.
La raison de sa femme, l'impératrice Charlotte, ne résista pas à l'affreuse nouvelle de cette mort. Depuis quarante-sept ans, la belle-sœur de François-Joseph, frappée de démence, consume sa morne existence au château de Bouchout, en Belgique.
Puis, le 30 janvier 1889, c'est le drame mystérieux de Meyerling. Le fils unique de l'empereur, l'archiduc Rodolphe, est trouvé un matin inanimé et sanglant. Près de lui, le cadavre d'une femme, la baronne Vecsera. Crime ou suicide ? C'est un secret que détiennent toujours les archives de la maison impériale.
Neuf ans plus tard, le 10 septembre 1898, l'impératrice Elisabeth, qui, depuis la fatale journée, traînait à travers l'Europe, son incurable tristesse, tombe à Genève sous le poignard meurtrier d'un anarchiste. L'année précédente, la sœur de l'infortunée souveraine, la duchesse d'Alençon avait trouvé dans l'incendie du bazar de la Charité une effroyable mort.
Et voici maintenant le neveu de François-Joseph, héritier de sa couronne, qui, avec sa femme, succombe sous la fureur sanguinaire d'un fanatique. Dramatique destinée que celle du vieux souverain, qui, dans son palais désert, voit ainsi la mort frapper sans répit autour de lui !

Assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche et de la duchesse sa femme à Sarajevo

C'est au cours d'une visite de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, capitale de la Bosnie, qu'a été commis ce crime politique.
Deux attentats furent dirigés successivement contre le prince. Une bombe lancée sur son automobile manqua son but ; l'archiduc l'écarta de la main.
Mais, quelques instants plus tard, comme l'automobile du prince passait au coin de la grande place, un étudiant, nommé Prinzip, originaire de Grahovo, s'élance vers la voiture, brandissant un revolver, et fit feu à deux reprises.
En l'apercevant, la duchesse s'était levée d'un bond et s'était placée devant son mari pour essayer de le protéger.
L'archiduc, atteint à la tempe, et la duchesse, atteinte à l'abdomen, s'affaissèrent inanimés. Ils furent transportés au kanak ; quelques heures plus tard, tous deux rendaient le dernier soupir.
Cet abominable attentat a soulevé l'indignation générale. Et toutes les sympathies respectueuses du monde civilisé sont allées vers le vieil empereur d'Autriche, si durement éprouvé.